APPRENTISSAGE

Développer les compétences socio-émotionnelles à l’école : Entre approches directes, jeu de faire semblant et rôle des parents

Les compétences socio-émotionnelles (conscience de soi, empathie, gestion des émotions, relations sociales) sont devenues un enjeu majeur en milieu éducatif. Lors de son intervention, Édouard Gentaz, chercheur à l’Université de Genève, met en lumière les méthodes efficaces pour enseigner ces compétences en classe ordinaire. Il distingue deux grandes méthodes complémentaires : les approches directes et les approches indirectes, tout en insistant sur l’importance d’associer les parents à cette démarche.

1. Les approches directes : un enseignement explicite mais ancré culturellement

Les approches directes consistent à travailler explicitement sur les émotions avec les élèves (identification, compréhension des causes et conséquences, etc.).

La littérature scientifique internationale est unanime : travailler sur ces compétences apporte des bénéfices majeurs. Une méta-analyse regroupant plus d’un million d’élèves montre que ces interventions améliorent non seulement les compétences socio-émotionnelles, mais aussi les résultats scolaires, tout en réduisant les troubles du comportement.

Cependant, Édouard Gentaz soulève un point de vigilance crucial : l’effet culturel.

  • Un programme éducatif conçu et testé avec succès aux États-Unis perdra souvent en efficacité s’il est simplement transposé dans le système scolaire français.
  • Pour que ces programmes fonctionnent, ils doivent être adaptés aux contraintes du système éducatif local.
  • La clé du succès réside dans une démarche participative et collaborative avec les enseignants. Des projets menés en Savoie et à Genève ont prouvé qu’en co-construisant les séquences pédagogiques avec les professeurs pour les adapter à la réalité de leur classe, on obtenait des améliorations significatives de la reconnaissance émotionnelle chez les élèves.

2. Les approches indirectes : le pouvoir du « jeu de faire semblant »

À côté de l’enseignement explicite, les enseignants disposent d’un autre registre très puissant : les approches indirectes, qui s’appuient sur les activités spontanées des enfants.

Le « jeu de faire semblant » en est l’illustration parfaite. C’est une sorte de laboratoire naturel (et sans consommation d’énergie, s’amuse le chercheur !) qui permet à l’enfant :

  • De créer des situations imaginaires.
  • De changer de rôle et de se mettre à la place de l’autre.
  • D’éprouver une grande variété d’émotions sans aucune conséquence négative réelle.

L’objectif à l’école n’est pas simplement de laisser les enfants jouer seuls, mais d’accompagner ce jeu pour le rendre plus mature. Des recherches menées sur ce sujet ont démontré qu’un accompagnement structuré du jeu de faire semblant permettait d’améliorer la compréhension des émotions, de diminuer les réponses agressives et de réduire les stratégies de régulation dysfonctionnelles chez les enfants.

3. Le rôle indispensable des parents

Qu’il s’agisse d’approches directes ou indirectes, ces initiatives éducatives ne peuvent atteindre leur plein potentiel sans l’implication des familles.

  • Créer du lien entre l’école et la maison : Si un enseignant travaille sur la reconnaissance des émotions en classe, l’enfant va inévitablement en parler le soir. Les parents doivent donc être informés en amont pour pouvoir accueillir ces discussions et accompagner l’enfant.
  • Accompagner les compétences parentales : Face à la multitude d’informations parfois contradictoires sur les réseaux sociaux, l’école et les institutions doivent fournir des informations fiables aux parents.
  • Réguler les écrans : Un travail d’accompagnement est actuellement mené dans certaines crèches genevoises pour aider les parents à remplacer l’usage des tablettes par des activités de jeu spontané, comme le jeu de faire semblant, ou à instaurer un « co-usage » raisonné des écrans.

Pour développer efficacement les compétences socio-émotionnelles des jeunes enfants, il n’y a pas de solution magique et unique. Les approches directes (séquences dédiées) et indirectes (jeu accompagné) sont profondément complémentaires. Mais la condition sine qua non pour que ces apprentissages s’ancrent durablement dans le développement de l’enfant est de construire un pont solide entre ce qui se fait en classe et ce qui se vit à la maison.

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