APPRENTISSAGE

Éducation : En finir avec les mythes et choisir la science de l’apprentissage

Faut-il suivre les modes pédagogiques ou s’appuyer sur la recherche scientifique pour faire réussir nos élèves ? C’est la question cruciale posée par Steve Bissonnette, chercheur à l’Université du Québec, lors d’une conférence marquante à l’UMons. Sa réponse est sans équivoque : seule une approche basée sur les données probantes, comme l’enseignement explicite, permet de lutter efficacement contre l’échec scolaire, en particulier chez les plus vulnérables.

L’éducation est trop souvent le terrain de jeu de théories séduisantes mais dépourvues de fondements solides. « Nous devons en éducation être aussi sérieux que nous le sommes en médecine », martèle Steve Bissonnette. Trop d’élèves, dit-il, souffrent de pédagogies qui ne respectent pas le fonctionnement cognitif naturel du cerveau.

Les mythes à abandonner

Le chercheur démonte avec force certaines croyances très populaires dans les facultés d’éducation. C’est le cas de l’enseignement basé sur les « styles d’apprentissage » (visuel, auditif, kinesthésique) ou les « intelligences multiples » d’Howard Gardner. Bissonnette est formel : aucune étude rigoureuse ne prouve que ces méthodes améliorent le rendement des élèves. Au contraire, elles peuvent être nuisibles en fragmentant l’enseignement.

Autre mythe persistant : la « pédagogie de la découverte pure », où l’on demande à l’élève de construire lui-même ses connaissances. Pour Bissonnette, c’est une recette pour l’échec des élèves fragiles. Les matières scolaires ne sont pas des acquisitions naturelles (comme apprendre à marcher), elles sont des habiletés secondaires complexes qui nécessitent un enseignement structuré.

Le triomphe de la réussite : la motivation à l’envers

Bissonnette renverse une autre idée reçue : non, la motivation ne précède pas la réussite. C’est en faisant réussir l’élève que l’on crée sa motivation. Personne n’aime se retrouver constamment en situation d’incompétence. « Un élève moyen ne peut pas aimer une note négative », dit-il. Le meilleur moyen de motiver un élève à risque est donc de lui fournir les outils pour qu’il expérimente la réussite, ce que permet l’enseignement explicite.

L’enseignement explicite : « Je fais, nous faisons, tu fais »

Loin d’un cours magistral passif, l’enseignement explicite est une démarche interactive très structurée en trois étapes clés :

  1. Le modelage (Je fais) : L’enseignant exécute la tâche devant les élèves en mettant un haut-parleur sur sa pensée. Il explique à voix haute son raisonnement cognitif, rendant visible ce qui est habituellement implicite.
  2. La pratique dirigée (Nous faisons) : C’est l’étape la plus cruciale. L’enseignant guide les élèves à travers des questions et fournit une rétroaction (feedback) immédiate. Le but est de corriger l’erreur avant qu’elle ne se cristallise dans la mémoire de l’élève.
  3. La pratique autonome (Tu fais) : L’élève ne travaille seul que lorsqu’il a prouvé qu’il maîtrise la notion (taux de succès élevé lors de la pratique dirigée).

Respecter les limites de la mémoire

Pourquoi cette méthode est-elle si efficace ? Bissonnette l’explique par la théorie de la charge cognitive. Notre mémoire de travail a des capacités très limitées. En évitant de plonger l’élève d’emblée dans des tâches trop complexes et en structurant l’apprentissage, l’enseignement explicite respecte les limites du cerveau humain.

En conclusion, Steve Bissonnette appelle à une véritable révolution dans la formation des enseignants pour qu’ils soient armés non pas de théories romantiques, mais de pratiques validées par la science. La réussite de tous nos élèves en dépend.

À lire :


En savoir plus sur Ecole Positive

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.