BIENVEILLANCE

Harcèlement scolaire : Pourquoi nos méthodes actuelles échouent et comment changer de paradigme

Dans cet épisode de la série Dialogues, le psychiatre Philippe Aïm présente une approche qui bouscule les idées reçues sur le harcèlement scolaire. Loin de la simple punition, il propose une méthode de « judo mental » pour redonner du pouvoir aux enfants victimes.

Un constat alarmant : la bienveillance peut nuire

L’approche traditionnelle repose sur un message rassurant : « Si tu as un problème, parles-en à un adulte, il va le régler pour toi. » Bien que pleine de bonnes intentions, Philippe Aïm souligne que cette réponse contient un message caché dévastateur pour l’enfant : « Tu n’es pas capable de mener tes propres batailles. »

C’est ce qu’il appelle l’impuissance apprise. En intervenant systématiquement à la place de l’enfant, les adultes :

  • Confortent l’enfant dans son statut de victime impuissante.
  • Désignent aux agresseurs la « bonne cible » (celle qui fait réagir tout l’appareil éducatif).
  • Provoquent un désir de vengeance chez le harceleur qui, une fois puni, se sent à son tour victime d’une injustice.

Le harcèlement comme « machine à sous »

Pour Philippe Aïm, le harcèlement ne dure que parce qu’il fonctionne. Il compare l’agresseur à un joueur devant une machine à sous :

  1. L’agresseur insère une pièce (une moquerie ou une insulte).
  2. La machine distribue des pièces (la victime baisse la tête, pleure, s’énerve ou fuit).
  3. Tant que la machine distribue ces « pièces » de souffrance, l’agresseur continue de jouer.

La méthode : Le Jeu de l’Idiot

La solution consiste à apprendre à l’enfant à « casser » la machine. Puisque le harceleur cherche à obtenir une réaction de douleur ou de colère, la victime doit apprendre à émettre un signal inattendu qui désamorce le conflit.

C’est ce que Philippe Aïm appelle le « Jeu de l’Idiot ». L’idée est de traiter l’agresseur amicalement (et non d’être son ami) pour lui retirer tout levier :

  • L’accord tactique : Si on lui dit « Tu es moche », l’enfant peut répondre : « C’est vrai que je ne suis pas très beau aujourd’hui, tu as le droit de le penser. »
  • La déstabilisation : En accordant à l’autre le droit de dire des choses fausses ou méchantes, on lui enlève l’envie de se battre pour exercer ce droit.

Stratégie contre Naïveté

L’entretien explore une dimension philosophique : pourquoi avons-nous peur de la stratégie ? Philippe Aïm explique que nous vivons dans une époque naïve qui prône une « transparence émotionnelle » totale. Or, montrer sa vulnérabilité à quelqu’un qui veut l’utiliser contre vous est dangereux.

Apprendre la stratégie à un enfant, ce n’est pas lui apprendre à être méchant, c’est lui apprendre à être libre. En utilisant ce « judo mental », l’enfant ne se défend pas par la force, mais utilise l’énergie de l’autre pour mettre fin à l’agression.

Vous noterez que le jeu de l’idiot rejoint le concept du jeu Takattak à la récré.

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