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Violence à l’école : pourquoi la lecture est une solution efficace

Je crois aux vertus des livres et des histoires pour développer l’empathie et les compétences sociales des enfants et adolescents. Ils ont le mérite d’offrir un véritable entrainement à se mettre à la place d’autrui et permettent d’apprendre à poser des mots sur nos propres émotions. C’est essentiel pour faire grandir la bienveillance envers soi et l’offrir aux autres.

Cette conviction personnelle a été confortée par la lecture de la page 137 du livre de Catherine Gueguen « Heureux d’apprendre à l’école ». Il y est question de l’agressivité d’élèves de 10/12 ans et de l’apport de la bibliothérapie, testée en direct par la chercheuse Zipora Shechtman, de la faculté de Haïfa. Son travail porte spécifiquement sur les causes et les traitements des difficultés émotionnelles, sociales des adultes et des enfants.

Une de ses études datant de 2016 menée auprès de 44 enseignants formés à la bibliothérapie a donné des résultats prometteurs sur les 165 élèves suivis.

 

« L’agressivité est généralement définie comme l’intention de blesser les autres physiquement ou psychologiquement. Cette agressivité est de plus en plus fréquente dans les écoles, elle est verbale, physique et /ou elle utilise l’internet. De multiples facteurs sont à l’origine de cette agressivité : facteurs sociaux, familiaux, culturels, psychologiques, neurologiques.

Ces enfants utilisent l’agression en pensant que le pouvoir, la domination de l’autre est un avantage. En fait, les conséquences de leurs actes sont très souvent négatives et ces enfants souffrent d’anxiété, de colère, d’un sentiment d’impuissance , de solitude, d’une très grande difficulté à exprimer leurs sentiments et, par là même, ils présentent une grande résistance à changer de comportement. Ils souffrent souvent d’un déficit d’expression verbale, et ont beaucoup de difficultés à parler de leurs besoins. Le déni de leurs émotions est considéré par beaucoup comme une stratégie de survie les aidant à surmonter les circonstances difficiles de leur vie, leur stress et leurs échecs. 

Ces enfants présentent un déficit d’empathie pour la souffrance d’autrui. Comme ils sont déconnectés de leurs propres sentiments, ils ne peuvent pas l’être pour ceux des autres.[…]

Ils approuvent le pouvoir. Comme ils ont subi dans leur vie beaucoup d’humiliations et de désespoir venant de personnes importantes pour eux, il leur est impossible de faire confiance à des étrangers et ils pensent, que lors d’un conflit, la seule option est l’attaque. C’est une réaction spontanée, impulsive, reproduisant ce qu’ils ont vécu : des conditions de socialisation souvent médiocres et des attachements insécurisés. » Zipora Shechtman

 

Pour aider les enfants qui font preuve d’agressivité, les méthodes qui s’appuient sur les histoires contées dans les livres ou dans les films s’avèrent efficaces car cette approche indirecte inhibe les réflexes de défense et favorise la verbalisation émotionnelle (puisque les émotions concernent des personnages fictifs auxquels il est possible de s’identifier).

Les histoires utilisées comportent 4 composantes :

  • de la colère et son expression
  • une adhésion du personnage au pouvoir
  • de l’empathie pour la souffrance des autres
  • de l’autorégulation

Les livres sont donc des supports de choix pour développer l’empathie et diminuer l’agressivité.

Dans dans le cadre scolaire, il a aussi été démontré que ce travail sur l’empathie devait être mené d’abord par l’enseignant : l’empathie de l’enseignant et l’écoute non-jugeante qu’il peut offrir aux élèves est un facteur déterminant pour la réussite de la transformation.

 et article de Jean-François Belmonte, basé sur les travaux de Catherine Gueguen et Zipora Shechtman, met en lumière un outil puissant et accessible : la bibliothérapie. Il explique très bien pourquoi les livres aident les enfants (par le transfert sur des personnages fictifs, le développement de l’empathie et la verbalisation des émotions).

Pour compléter cet article et lui donner une dimension encore plus pratique pour les parents ou les enseignants, voici ce que nous pourrions ajouter à la suite du texte :


Comment mettre en place cette « lecture empathique » au quotidien ?

Si la théorie démontre que les livres sont des supports de choix, la posture de l’adulte lors de la lecture est tout aussi importante que l’histoire elle-même. Voici quelques pistes pour transformer un simple temps de lecture en un véritable outil de développement émotionnel :

1. Favoriser l’identification sans forcer le parallèle Le grand avantage de la fiction est sa distance sécurisante. L’enfant peut observer la colère d’un personnage sans se sentir jugé. Lors de la lecture, il est préférable de poser des questions sur le héros plutôt que sur l’enfant : « À ton avis, pourquoi le loup réagit-il de manière si agressive ici ? » ou « Qu’est-ce qui aurait pu l’aider à se calmer ? » 

2. Accueillir toutes les émotions du personnage Il est important de ne pas censurer les histoires où les personnages font de mauvais choix ou ressentent de la haine, de la jalousie ou une grande colère. C’est précisément l’exposition à ces émotions « négatives » dans un cadre sécurisé (le livre) qui permet à l’enfant de les apprivoiser et de comprendre leurs conséquences.

3. Chercher ensemble des solutions alternatives Lorsque l’histoire présente un conflit, n’hésitez pas à faire une pause avant la résolution : « Que pourrions-nous dire au personnage pour l’aider ? » ou « Comment aurais-tu réagi à sa place pour que la situation ne dégénère pas ? » Cela stimule directement les circuits de la résolution de problèmes et de la régulation émotionnelle.

Quelques thématiques de livres à privilégier

Pour constituer une « boîte à outils » littéraire contre l’agressivité, vous pouvez vous tourner vers des albums jeunesse qui abordent spécifiquement :

La réparation : Des histoires où le personnage fait une erreur, blesse quelqu’un (physiquement ou émotionnellement), et trouve le courage de réparer sa faute et de demander pardon.

La frustration et la colère : Pour comprendre ce qui se passe dans le corps et la tête quand on « explose » (ex: Grosse Colère de Mireille d’Allancé).

La différence et le rejet : Pour développer l’empathie face à celui qui est mis à l’écart ou harcelé.

Source :

« Heureux d’apprendre à l’école »de Catherine Gueguen est disponible sur :

 

 

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