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Le Danemark fait machine arrière : le retour du papier à l’école face au « tout numérique »

Longtemps considéré comme un pionnier de l’éducation numérique, le Danemark opère aujourd’hui un virage radical. Après une décennie marquée par l’omniprésence des écrans, le pays scandinave revient aux fondamentaux : livres papier et restrictions strictes des smartphones, de la salle de classe aux terrains de sport.

Un nouveau rituel scolaire : la déconnexion

Dans les écoles de Copenhague, la journée commence désormais par un geste symbolique : les élèves déposent leurs téléphones dans des casiers fermés à clé. Cette règle, généralisée à tout le pays depuis la rentrée, bannit les portables et tablettes durant les heures de cours.

Plus marquant encore, les manuels scolaires ont fait leur grand retour sur les tables. Les enseignants ont constaté que le « tout numérique » avait un coût élevé sur l’apprentissage. L’abandon des livres au profit des écrans a entraîné des difficultés de concentration chez les élèves, trop facilement tentés de basculer vers des jeux vidéo ou d’autres applications pendant la classe. Désormais, l’ordinateur n’est utilisé qu’à petite dose et sous surveillance, une mesure paradoxalement appréciée par certains élèves qui y voient un meilleur équilibre.

Une réponse à une crise de santé publique

Ce revirement fait suite à des statistiques alarmantes. Les 13-18 ans passent en moyenne 5 heures par jour sur leur téléphone, une hyperconnexion corrélée à une dégradation de leur santé mentale. Pour la commission du bien-être, dont les recommandations ont inspiré cette nouvelle sobriété numérique, l’objectif est double : réduire les risques liés aux réseaux sociaux et favoriser les interactions physiques réelles.

Au-delà de l’école : le sport et la société civile

La déconnexion gagne aussi la sphère privée et associative. Dans les maisons de jeunes et les clubs sportifs, les portables sont désormais proscrits. Sur les pistes d’athlétisme, par exemple, il est interdit de sortir son téléphone, même en compétition. Les entraîneurs notent que la présence des écrans faisait chuter l’énergie du groupe et créait de l’exclusion, nuisant gravement à l’ambiance.

La prise de conscience est collective. L’association Headspace, qui aide plus de 11 000 jeunes en difficulté chaque année, observe un changement de mentalité : de plus en plus de jeunes suppriment leurs comptes ou limitent drastiquement leur temps d’écran. Une « journée nationale sans portable » a même été instaurée pour inciter les adultes à montrer l’exemple, suivie par 10 % de la population cette année.

Vers une législation plus stricte ?

Le mouvement pourrait aller encore plus loin. Une initiative citoyenne a recueilli plus de 50 000 signatures pour demander l’interdiction de TikTok, Instagram et Snapchat aux moins de 15 ans. Pour les experts comme Imrad Rachid, la génération actuelle a été « perdue dans le monde numérique » par des adultes qui ont manqué de vigilance, et il est temps de protéger les générations futures.

Ce changement de paradigme danois pourrait bien faire tache d’huile, alors que le Parlement européen envisage désormais d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans dans toute l’Union.


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