Sécurité affective et apprentissage : Le défi de la bientraitance à l’école
Pourquoi certains élèves « décrochent-ils » face à une consigne simple ? La réponse se trouve peut-être dans la « sécurité affective ». Christine Schuhl, experte en sciences de l’éducation, nous explique comment les « douces violences » quotidiennes peuvent paralyser le cerveau des apprenants et comment transformer nos postures pour y remédier.
Le paradoxe des « douces violences »
Le terme peut surprendre, mais il décrit une réalité invisible : ces micro-comportements (soupirs, regards agacés, ton sec, gestes brusques) qui ne sont pas de la maltraitance volontaire, mais qui témoignent d’une volonté d’obtenir un résultat immédiat.
Issues de notre héritage éducatif et de la peur de perdre le contrôle de la classe, ces pratiques sont souvent dictées par la fatigue ou la pression du système.
Le mécanisme du blocage cognitif
Lorsque l’enfant subit une douce violence, son cerveau ne traite plus l’information pédagogique.
- Le signal d’alerte : Face à une tonalité de voix perçue comme menaçante ou une demande incomprise, l’amygdale (cerveau émotionnel) s’active.
- L’arrêt des apprentissages : Le circuit des apprentissages se coupe pour laisser place à un mode de survie ou d’observation. L’enfant tente de comprendre la situation émotionnelle et n’est plus disponible pour les mathématiques ou le langage.
4 Piliers pour une nouvelle posture pédagogique
Pour restaurer cette sécurité indispensable, Christine Schuhl propose quatre axes de transformation :
1. L’observation factuelle
Il s’agit de repérer les « points de bascule » dans la journée : le passage aux toilettes, l’entrée en classe, ou le moment où l’on parle d’un élève comme s’il n’était pas là. Observer sans juger est le premier pas.
2. Le mouvement comme moteur
Une expérience marquante est citée : la « journée sans chaises ». En libérant les corps, on s’aperçoit que les enfants sont plus calmes et plus concentrés. Le mouvement ne crée pas le chaos ; il favorise la fluidité des apprentissages.
3. La communication « à hauteur »
- Physiquement : Se baisser pour parler aux élèves afin de créer un lien visuel sécurisant.
- Verbalement : Bannir la « parole survolante » (parler d’un enfant à la troisième personne) pour le respecter dans sa propre humanité.
4. L’aménagement des espaces
Un espace pensé pour la fluidité réduit les frictions. Moins d’obstacles physiques et plus de liberté de déplacement permettent de réduire naturellement l’agressivité et le stress collectif.
Vers une bientraitance durable
La bientraitance n’est pas une destination, mais un état d’esprit. Elle demande deux formes d’empathie :
- Envers l’élève : Comprendre ses besoins et ses fragilités.
- Envers soi-même : En tant qu’adulte, accepter ses propres limites et sa fatigue pour ne pas laisser les automatismes prendre le dessus.
« Il en va de notre responsabilité aujourd’hui de veiller à maîtriser ces situations pour que chaque enfant soit respecté dans sa propre humanité. » — Christine Schuhl
En savoir plus sur Ecole Positive
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
