Une classe sans punition : vraiment possible ?
Témoignage d’une enseignante
« La punition n’est pas profitable pour l’enfant. «
C’est une phrase que j’entends souvent : sur les réseaux, dans des échanges entre enseignants, et dans de nombreuses ressources en psychologie de l’éducation.
Mais une question revient sans cesse, surtout sur le terrain :
comment faire, concrètement, pour bannir la punition tout en gardant une classe calme, attentive et disponible pour apprendre ?
Est-ce réellement possible… ou est-ce une utopie réservée aux classes “faciles” ?
Ce que je voulais… et ce que la classe m’a appris
J’ai commencé le métier d’enseignante avec une idée très claire, comme dans ma vie de parent : ce que je voulais, et ce que je ne voulais pas. Les limites que je poserais, et la manière dont je les ferais respecter.
Puis j’ai eu la chance de croiser des enseignants que j’ai profondément admirés. Certains haussaient la voix. D’autres jamais. Pourtant, dans les deux cas, un point commun : le calme et la sécurité semblaient présents dans la classe.
Alors j’ai creusé :
différentes pratiques, un même résultat… pourquoi ?
Qu’est-ce qui fait la différence : l’autorité ? la relation ? le cadre ? le ton ? la posture ?
Punir ou éduquer : ce que le dialogue change
Avec le temps, et comme le confirment de nombreuses études, j’ai observé que les classes dans lesquelles le dialogue est possible permettent aux élèves de se sentir plus en sécurité. Ils osent poser des questions, exprimer leurs inquiétudes, et parfois… ils ont même envie de venir en classe.
Dans une classe où l’adulte écoute, reformule, explique et ajuste, l’enfant ne cherche pas seulement à “éviter la punition” : il apprend à comprendre, à coopérer, à réparer, à progresser.
Mais soyons honnêtes : le dialogue n’est pas une solution magique.
Quand on change de cadre… ça secoue
J’ai eu des élèves de CM1-CM2 qui n’avaient pas l’habitude de dialoguer. Ils étaient plutôt habitués aux cris, aux sanctions, à la pression. Et je peux vous dire que cela n’a pas été de tout repos.
Parfois, je me suis demandé s’ils retenaient quelque chose de nos activités sur l’empathie, le vivre-ensemble, ou la gestion des émotions. Certains parents n’étaient pas convaincus non plus, parce qu’à la maison, le cadre reposait surtout sur les cris et la punition. J’ai souvent dû expliquer, justifier… parfois même face à des élèves qui réclamaient une punition pour “calmer” leurs camarades.
Quand on choisit une gestion de classe plus bienveillante, il arrive qu’on ait l’impression de marcher seul. On peut être catalogué “trop gentil”, voire “laxiste”.
Et pourtant, ce n’est pas du laxisme.
C’est une autre forme d’autorité : une autorité éducative, ferme sur le cadre, douce dans la manière.
Une classe sans punition commence par la conscience
De mon expérience, la voie de la bienveillance commence avec quelque chose de très simple (et très exigeant) : la conscience.
La conscience de soi.
La conscience de l’autre.
La conscience de ses mots, de ses réactions, de ce qui se joue dans la relation.
Quand on est vraiment présent, il devient plus difficile de crier sur un enfant parce que son crayon est tombé… même si c’est la dixième fois. Des phrases automatiques comme “De toute façon, c’est toujours comme ça avec toi !” perdent peu à peu leur place. Parce que la conscience nous oblige à voir l’enfant réel, ici et maintenant, pas l’image que notre fatigue ou notre stress projette.
Ce n’est pas “laisser passer”. C’est répondre avec justesse.
Alors, une classe sans punition ? Oui. Mais pas sans cadre.
Oui, une classe sans punition est possible.
Mais elle ne repose pas sur l’absence de règles : elle repose sur un cadre clair, une cohérence adulte, et des outils de régulation (pour les élèves… et pour nous).
Et souvent, tout commence par une décision simple : déconnecter le mode automatique et passer progressivement en mode conscience.
Parce que l’objectif n’est pas d’avoir des élèves “calmes par peur”.
L’objectif, c’est de construire une classe sécure, où l’on apprend à vivre ensemble, à réparer, à grandir, et où l’on peut apprendre… vraiment.
À lire pour aller plus loin :
En savoir plus sur Ecole Positive
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
