Tout ce que vous pensiez savoir sur l’éducation est (probablement) faux
Nous avons tous un avis sur l’éducation. Ayant tous été élèves, et beaucoup d’entre nous étant parents ou même enseignants, nous nous fions souvent à notre propre vécu. Pourtant, lorsque l’on écoute les « experts » de l’éducation, leurs discours se contredisent souvent. Comment alors démêler le vrai du faux et savoir quelles méthodes pédagogiques fonctionnent réellement ?
Dans sa conférence TEDx, le chercheur Franck Ramus nous invite à dépasser nos intuitions et à adopter une approche scientifique de l’éducation.
Le piège de l’intuition et des biais cognitifs
La première idée qui nous vient à l’esprit pour évaluer une méthode éducative est de demander aux enseignants ou aux observateurs (comme les inspecteurs) ce qu’ils en pensent. Cependant, cette méthode n’est pas fiable.
Pour illustrer ce point, Franck Ramus fait un parallèle frappant avec l’histoire de la médecine : pendant 2000 ans, les médecins ont pratiqué la saignée sur leurs patients, convaincus de son efficacité, alors que cette pratique les affaiblissait . Comment des professionnels ont-ils pu se tromper si longtemps ? La réponse réside dans nos biais cognitifs, et particulièrement le biais de confirmation . Nous avons tendance à ne retenir que les résultats qui confortent nos croyances préétablies et à ignorer ceux qui les contredisent. Il est donc impossible de se fier uniquement au ressenti d’un professionnel pour évaluer l’efficacité de sa propre pratique.
L’éducation fondée sur les preuves
Pour savoir ce qui fonctionne, il faut se tourner vers des méthodes expérimentales : comparer un groupe d’élèves soumis à une méthode « A » à un groupe contrôle soumis à une méthode « B », et mesurer statistiquement leurs progrès.
Cette démarche peut sembler complexe, mais elle est déjà massivement utilisée. En 2008, le chercheur John Hattie a synthétisé plus de 50 000 études portant sur plus de 100 millions d’élèves à travers le monde . Aujourd’hui, ce nombre a doublé. Nous sommes assis sur une véritable mine d’or de données scientifiques : c’est ce que l’on appelle l’éducation fondée sur des preuves.
Grâce à ces données, la science permet aujourd’hui de déconstruire plusieurs fausses bonnes idées, ou « mythes », ancrés dans notre système éducatif.
4 mythes éducatifs passés au crible de la science
1. Le redoublement aide les élèves en difficulté Face à l’hétérogénéité des classes, l’idée de faire redoubler un élève pour qu’il consolide ses bases semble pleine de bon sens. Pourtant, plus de 200 études démontrent que le redoublement est inefficace. Un élève qui redouble va en moyenne progresser l’équivalent de 4 mois de moins sur une année scolaire que s’il était passé dans la classe supérieure . C’est une méthode décourageante et démotivante.
2. Les classes de niveau sont bénéfiques Séparer les « bons » élèves des élèves plus « faibles » dans des classes distinctes pour adapter l’enseignement est une autre idée très populaire. Les études montrent que si les élèves forts progressent un peu plus, les élèves mis dans les classes faibles, eux, progressent beaucoup moins . Au final, le niveau moyen baisse et les inégalités se creusent. La solution scientifique ? Créer des groupes de besoins flexibles et temporaires au seind’une même classe hétérogène.
3. Il faut respecter le « style d’apprentissage » (visuel, auditif…) de chaque élève C’est une croyance très répandue : certains apprendraient mieux en regardant, d’autres en écoutant. Les recherches sont pourtant formelles : il n’y a aucune base scientifique à ces sous-types d’apprentissage . Enseigner à un élève dans sa modalité « préférée » ne le fait pas mieux apprendre. En réalité, le cerveau humain retient beaucoup mieux l’information lorsqu’elle lui est présentée sous de multiples modalités en même temps (visuelle, auditive et par la manipulation).
4. Les punitions strictes règlent les problèmes de comportement Le bon sens voudrait que l’on punisse systématiquement les comportements perturbateurs pour les éradiquer. Mais les punitions entraînent de nombreux effets pervers : émotions négatives, aversion pour l’école, et à terme, une désensibilisation de l’élève qui mène à l’escalade des sanctions . Les études comportementales suggèrent plutôt d’identifier le comportement positif « opposé » à la perturbation et de le récompenser pour le renforcer, ce qui finit par faire naturellement disparaître le mauvais comportement.
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