Apprendre à reconnaître ses limites : une compétence essentielle quand on est un adulte autiste
« Ça va. »
C’est probablement la phrase que beaucoup d’adultes autistes prononcent le plus souvent. Non pas parce qu’ils se sentent réellement bien, mais parce qu’ils ne savent pas toujours où ils en sont.
Le paradoxe du TSA est là : nous pouvons continuer à fonctionner longtemps alors que notre système nerveux est déjà en train de saturer.
À l’extérieur, tout semble normal : nous travaillons, nous discutons, nous répondons aux sollicitations, nous remplissons nos obligations.
À l’intérieur, pourtant, les ressources diminuent progressivement. Puis vient ce moment où tout devient « trop » : le bruit paraît insupportable, une remarque anodine devient blessante, prendre une décision semble impossible. Le besoin de contrôler son environnement augmente alors et les émotions deviennent plus difficiles à réguler.
Et l’on se demande souvent :
« Pourquoi est-ce que je me sens si mal alors que tout allait bien il y a une heure ? »
Le bien-être n’est pas binaire
On imagine souvent le bien-être comme deux états opposés : aller bien ou aller mal.
Or, notre cerveau fonctionne rarement de cette manière.
Chez les personnes autistes, la régulation dépend d’un ensemble de facteurs qui évoluent en permanence :
- la quantité de stimulations sensorielles ;
- l’imprévu ;
- les interactions sociales ;
- la fatigue ;
- les changements de routine ;
- la charge cognitive ;
- les émotions accumulées.
Chaque événement représente une petite dépense d’énergie.
Une seule situation est rarement responsable d’une surcharge. C’est plutôt l’accumulation de nombreuses petites sollicitations qui finit par dépasser les capacités de régulation.
C’est pourquoi il est si difficile d’identifier le moment où l’équilibre commence à se fragiliser.
Plus on attend, plus il devient difficile de récupérer
Lorsque le système nerveux est déjà en surcharge, les stratégies habituelles fonctionnent moins bien.
Faire une pause devient difficile parce que l’on culpabilise. Respirer paraît inutile… et communiquer devient plus compliqué.
Le cerveau entre progressivement dans un état d’alerte où l’objectif principal n’est plus d’apprendre, de réfléchir ou d’interagir, mais simplement de retrouver un sentiment de sécurité.
C’est précisément pour cette raison qu’il est si précieux de repérer les premiers signes, avant que la surcharge ne s’installe durablement.
Apprendre à écouter son fonctionnement
Pendant longtemps, l’accompagnement des personnes autistes s’est surtout centré sur les comportements visibles. Aujourd’hui, les recherches sur l’autorégulation mettent davantage l’accent sur l’interoception, c’est-à-dire la capacité à percevoir les signaux envoyés par son propre corps.
Savoir reconnaître :
- que l’on devient plus sensible au bruit ;
- que l’on recherche davantage de contrôle ;
- que l’on évite les interactions ;
- que la fatigue mentale augmente ;
permet d’agir beaucoup plus tôt.
Il ne s’agit plus de « gérer une crise ». Il s’agit d’éviter d’y arriver.
Une échelle pour mettre des mots sur ce qui est parfois difficile à ressentir
C’est dans cette idée qu’est née l’Échelle de Bien-être – Le TSA & moi.
Elle propose de visualiser plusieurs niveaux de fonctionnement, depuis la sécurité intérieure jusqu’à la surcharge.
Pour chacun de ces niveaux, deux questions simples sont proposées :
Comment est-ce que je me sens ? De quoi ai-je besoin ?
L’objectif n’est pas de coller une étiquette à une émotion.
L’objectif est de développer une meilleure connaissance de son propre fonctionnement afin de prendre soin de soi plus tôt, avec davantage de bienveillance et moins de culpabilité.
Parce que prendre soin de soi ne devrait pas commencer quand il est déjà trop tard
Nous apprenons très tôt à écouter les besoins des autres. Nous apprenons beaucoup plus rarement à écouter les nôtres.
Pour de nombreux adultes autistes, cette compétence ne va pas de soi. Beaucoup ont grandi en cherchant à s’adapter en permanence à leur environnement, parfois au prix d’un effort invisible mais immense.
Reconnaître que l’on a besoin de calme, de prévisibilité, d’une pause ou simplement de ralentir n’est pas un signe de faiblesse.
C’est une compétence d’autorégulation.
Et, peut-être, l’une des plus importantes à développer pour préserver son équilibre au quotidien.
Le kit « TSA adulte » de SereNest
L’Échelle de Bien-être fait partie du Kit TSA Adulte, un ensemble d’outils conçus pour aider les adultes autistes à mieux comprendre leur fonctionnement, identifier leurs besoins et développer des stratégies d’autorégulation concrètes.
Parce que mieux se connaître, ce n’est pas chercher à devenir quelqu’un d’autre. C’est enfin apprendre à fonctionner avec son cerveau, plutôt que constamment contre lui.

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