Comprendre et agir face au harcèlement scolaire : L’éclairage de la psychologue Florence Millot
Le harcèlement scolaire est un fléau qui touche de plus en plus d’enfants, de la primaire au lycée. Face à ce phénomène qui inquiète légitimement les parents et les équipes éducatives, comment réagir de manière adéquate ? Dans l’épisode 162 du podcast Les Adultes de Demain, la psychologue pour enfants Florence Millot décrypte les mécanismes psychologiques du harcèlement et livre de précieuses clés pour mieux le combattre.
Une violence banalisée à l’ère des réseaux sociaux
Si le harcèlement a « toujours existé » depuis la nuit des temps, il a pris un nouveau visage aujourd’hui. Florence Millot observe une banalisation globale de la violence et des insultes dans notre société, qui se répercute inévitablement sur les enfants.
La véritable rupture vient de l’avènement des réseaux sociaux. Autrefois, les bagarres ou les moqueries avaient lieu dans la cour de récréation, sous le regard (même partiel) des adultes. Aujourd’hui, l’agression se poursuit sur les téléphones, de jour comme de nuit. Cette invisibilité rend le combat beaucoup plus difficile pour les parents et les professeurs, tout en plongeant l’enfant victime dans un état de paranoïa, ne sachant plus qui se cache derrière les comptes anonymes qui l’attaquent.
La mécanique du harcèlement : au-delà des clichés
Il est crucial de différencier la simple agressivité du harcèlement. Une insulte ponctuelle est une « décharge » agressive. Le harcèlement, en revanche, se caractérise par sa répétition dans le temps et par une dynamique de groupe visant à établir une emprise sur la victime.
Souvent, l’enfant harceleur ne cherche pas consciemment à détruire l’autre. Il est plutôt grisé par le sentiment de puissance que lui procure le regard de ses camarades. Dans cette excitation de groupe, la souffrance de la victime est totalement occultée.
D’ailleurs, Florence Millot démonte un mythe tenace : il n’y a pas de profil type. Ni pour la victime, ni pour le harceleur. N’importe quel enfant, même celui qui a d’excellentes notes et une grande confiance en lui, peut un jour se retrouver piégé dans cette dynamique suite à un changement de contexte (comme l’entrée au collège). De même, un enfant qui a été victime par le passé peut, par désir de revanche ou besoin de s’affirmer, basculer du côté des harceleurs.
Parents, enseignants : quelle posture adopter ?
Face à une suspicion de harcèlement, la précipitation est mauvaise conseillère. Voici les recommandations de la psychologue :
1. Du côté de la victime : Observer avant d’agir
Un enfant harcelé a souvent honte et s’enferme dans sa coquille. Au lieu de le brusquer de questions, l’adulte doit d’abord observer son comportement, recueillir l’avis d’autres camarades ou surveillants. Ensuite, c’est à l’adulte de faire le premier pas en partageant ses propres inquiétudes, sans forcer l’enfant à parler immédiatement. Par exemple : « Je vois que tu es triste en ce moment. Prends ton temps, mais sache que je suis là et que tu n’es pas seul ».
2. Du côté du harceleur : Accompagner sans juger
Découvrir que son enfant est un harceleur provoque souvent un véritable choc chez les parents. Il faut se laisser le temps d’intégrer l’information. L’objectif n’est pas de diaboliser l’enfant, mais de l’aider à prendre conscience des dégâts de ses actes. Une fois la sanction posée et les excuses formulées, il faut l’accompagner pour qu’il trouve un autre moyen (positif, cette fois) de canaliser son énergie et son besoin d’être un « leader », comme par le biais du sport ou d’activités associatives.
Prévenir et se reconstruire
Pour Florence Millot, la prévention du harcèlement passe par une tolérance zéro face à la « haine ordinaire ». Reprendre immédiatement un enfant qui lance une petite insulte permet d’éviter la banalisation. Mettre en place des exercices réguliers pour apprendre aux enfants à se regarder dans les yeux et à collaborer favorise l’empathie et fait drastiquement chuter les cas de harcèlement.
Enfin, pour l’enfant qui a souffert, changer d’école peut être une solution libératrice si c’est son souhait. Mais le plus important pour se reconstruire, c’est de « remettre de la vie dans la vie ». Il faut l’encourager à se lancer dans de nouvelles aventures, à développer des passions (créer une chaîne YouTube, faire un nouveau sport, partager des moments en famille) pour qu’il reprenne confiance en lui et ne reste pas figé sur son traumatisme.
Retrouvez l’intégralité de cet échange passionnant sur le podcast « Les Adultes de Demain » en suivant ce lien : https://youtu.be/W37DP6wD-BI
À lire aussi:

En savoir plus sur Ecole Positive
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
