BIENVEILLANCE

Un enfant est bien plus qu’un diagnostic : apprendre à connaître pour mieux inclure

Et si, pour mieux comprendre un enfant, nous commencions simplement par apprendre à le connaître ?

Lorsqu’un enfant présente un trouble du neurodéveloppement (TND), les échanges se concentrent souvent sur ses difficultés : ce qui lui demande plus d’efforts, ce qui déclenche une crise, ce qu’il ne parvient pas encore à faire ou les adaptations dont il a besoin.

Ces informations sont importantes. Elles permettent de mieux accompagner l’enfant et de rendre son environnement plus accessible. Mais elles ne racontent qu’une partie de son histoire, car derrière un diagnostic, il y a avant tout une personne. Un enfant avec ses goûts, ses passions, ses forces, ses émotions, ses envies et sa manière singulière d’être au monde.

Comprendre ses difficultés est nécessaire. Apprendre à connaître l’enfant dans sa globalité l’est tout autant.

Un diagnostic aide à comprendre, mais ne définit pas une personne

Un diagnostic peut apporter des réponses précieuses. Il permet de mieux identifier certains besoins, de comprendre des difficultés persistantes et de mettre en place des accompagnements adaptés.

Mais deux enfants présentant un même diagnostic peuvent avoir des profils très différents : l’un peut être particulièrement sensible au bruit, tandis qu’un autre recherche certaines stimulations sensorielles. L’un peut avoir besoin d’anticiper chaque changement, tandis qu’un autre sera surtout en difficulté face à des consignes trop longues ou trop abstraites.

Et au-delà de ces particularités, chacun possède ses propres centres d’intérêt, ses préférences et ses ressources. C’est pourquoi il est essentiel de ne pas réduire un enfant à une liste de symptômes ou de difficultés. Le diagnostic constitue une information utile pour comprendre son fonctionnement, pas une définition de son identité.

Parler de ses difficultés, mais aussi de ce que l’on aime

Lorsqu’on souhaite favoriser l’inclusion, on pense souvent à expliquer aux autres ce qui peut être difficile pour l’enfant : pourquoi il peut avoir besoin de s’isoler, pourquoi certains bruits sont insupportables, pourquoi un changement imprévu peut le déstabiliser, pourquoi il lui arrive de pleurer, de crier ou de ne plus parvenir à parler lorsqu’il est dépassé…

Ces explications peuvent contribuer à réduire les incompréhensions et les jugements, mais elles ne devraient pas être les seules informations partagées.

Qu’est-ce que cet enfant adore ? Qu’est-ce qui le fait rire ? Quelles activités lui procurent du plaisir ? Qu’aimerait-il que les autres sachent de lui ?

Ces questions sont tout aussi importantes. Elles permettent de créer des liens autour d’intérêts communs, de reconnaître ses compétences et de lui donner une place qui ne soit pas uniquement celle de l’enfant qui rencontre des difficultés.

L’inclusion ne consiste pas seulement à connaître les obstacles d’une personne. Elle consiste aussi à lui permettre de participer, de contribuer et d’être reconnue pour ce qu’elle est.

Mieux comprendre les réactions pour éviter les mauvaises interprétations

Un enfant qui s’isole ne rejette pas nécessairement les autres. Un enfant qui se tait n’est pas forcément opposant. Un enfant qui pleure face à un imprévu ne cherche pas toujours à obtenir quelque chose.

Certains comportements peuvent être des réponses à une surcharge sensorielle, émotionnelle ou cognitive.

Sans connaissance du fonctionnement de l’enfant, ces réactions risquent d’être interprétées comme de la mauvaise volonté, de l’impolitesse ou un refus de participer.

Comprendre ce qui est difficile pour lui permet de changer de regard. On ne se demande plus uniquement : « Pourquoi réagit-il comme ça ? », mais aussi : « Qu’est-ce qui a pu rendre cette situation difficile ? » et « Qu’est-ce qui pourrait l’aider ? »

Ce changement de perspective est fondamental. Il ouvre la voie à des réponses plus respectueuses, plus adaptées et souvent plus efficaces.

Donner à l’enfant la possibilité de parler de lui

Les adultes prennent fréquemment la parole pour expliquer le fonctionnement d’un enfant : auprès des enseignants, des professionnels, de la famille ou de ses camarades.

Pourtant, lorsque cela est possible, l’enfant doit pouvoir participer à la manière dont il est présenté et compris.

Il peut identifier ce qu’il aime, ce qui le dérange, les situations qui deviennent trop difficiles et les gestes ou attitudes qui l’aident à se sentir mieux.

Cette expression ne passe pas nécessairement par de longues explications orales. Elle peut prendre la forme de cases à cocher, de dessins, de pictogrammes, de choix proposés ou d’échanges accompagnés par un adulte.

L’essentiel est de lui permettre d’exprimer son point de vue, sans lui imposer une description de lui-même.

Il est également important de respecter ce qu’il ne souhaite pas partager. Parler de ses besoins ne doit jamais devenir une obligation de dévoiler son diagnostic ou ses difficultés à tout le monde.

« Moi, tout simplement » : un outil pour se présenter autrement

C’est dans cette intention que nous avons imaginé la fiche « Moi, tout simplement ».

Elle propose à l’enfant de se présenter à travers plusieurs dimensions de son quotidien :

  • Ce que j’adore : pour mettre en avant ses goûts, ses intérêts et ce qui lui procure du plaisir.
  • Ce qui est difficile pour moi : pour identifier certaines situations qui lui demandent davantage d’efforts.
  • Parfois, quand c’est trop, je peux… : pour aider les autres à comprendre ses réactions lorsqu’il se sent dépassé.
  • Ce qui m’aide : pour partager des besoins concrets et faciliter les interactions.

L’objectif n’est pas de dresser un portrait clinique ni de résumer l’enfant à son trouble.

Il s’agit de créer un support de dialogue, accessible et personnalisable, qui lui permette de dire : « Voilà ce que j’aime, voilà ce qui est parfois compliqué pour moi, et voilà comment vous pouvez m’aider. »

Cette fiche peut être utilisée en famille, à l’école ou dans un cadre d’accompagnement, en respectant toujours les choix de l’enfant et la confidentialité des informations qu’il partage.

L’inclusion commence aussi par la connaissance de l’autre

Inclure un enfant ne signifie pas seulement l’accueillir dans un groupe ou lui proposer des aménagements. Cela suppose aussi de reconnaître sa singularité, de respecter ses besoins et de lui permettre de prendre part à la vie collective sans devoir constamment masquer ses difficultés.

Les adaptations sont essentielles, mais elles prennent encore plus de sens lorsqu’elles s’accompagnent d’une véritable démarche de compréhension mutuelle. Et cette démarche bénéficie à tous les enfants.

Apprendre que chacun possède ses facilités, ses difficultés, ses préférences et ses besoins contribue à développer un climat dans lequel les différences ne sont pas immédiatement perçues comme des problèmes.

Un enfant n’a pas besoin d’être identique aux autres pour appartenir pleinement au groupe. Il a besoin d’être reconnu, écouté et respecté dans ce qu’il est.

Un diagnostic peut aider à comprendre certaines particularités. Il ne dit pas tout d’une personne.

En donnant aux enfants la possibilité de parler de ce qu’ils aiment, de ce qui leur demande des efforts et de ce qui les aide, nous faisons davantage que faciliter la communication : nous contribuons à construire des relations fondées sur la compréhension et le respect.

Parce qu’au fond, l’inclusion ne commence pas par une étiquette, mais par une rencontre.


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Laurie

Enseignante & créatrice de SereNest

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