Les enfants neuroatypiques sont-ils davantage exposés au harcèlement scolaire ?
Soyons clairs : Quand la différence est incomprise, elle peut devenir une cible. Pour autant, la différence ne justifie jamais la violence.
Un enfant qui ne comprend pas une plaisanterie, un autre qui réagit intensément à une situation apparemment anodine, ou encore un élève qui a besoin de bouger, qui parle beaucoup, qui préfère jouer seul ou qui peine à trouver sa place dans un groupe… Ces particularités peuvent être liées à un trouble du neurodéveloppement (TND), notamment un trouble du spectre de l’autisme (TSA) ou un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
Lorsqu’elles sont mal comprises, elles peuvent susciter des jugements, des moqueries ou des comportements d’exclusion.
Mais les enfants présentant un TND sont-ils réellement davantage exposés au harcèlement scolaire ? Et surtout, comment pouvons-nous mieux les protéger ?
Ce que nous disent les études scientifiques
La recherche montre que les enfants présentant certains troubles du neurodéveloppement sont davantage exposés aux violences entre pairs.
Dans une vaste méta-analyse publiée en 2024 dans The Lancet Child & Adolescent Health qui a rassemblé 212 études, portant sur plus de 630 000 enfants et adolescents, dont environ 127 000 présentaient un trouble neurodéveloppemental ou psychiatrique, les chercheurs ont constaté que ces jeunes présentaient des probabilités significativement plus élevées d’être victimes de harcèlement scolaire que les jeunes des groupes témoins.
Les chercheurs ont observé un rapport statistique de 2,85, soit des chances relatives près de trois fois plus élevées que chez les autres enfants. Ce chiffre ne signifie pas que chaque enfant a trois fois plus de risques d’être harcelé, mais il met en évidence une différence importante entre les groupes étudiés.
Source : Abregú-Crespo et al., 2024, The Lancet Child & Adolescent Health.
Et concernant spécifiquement l’autisme ?
Une méta-analyse internationale portant sur 34 études a montré que les élèves autistes présentaient des probabilités de victimisation plus élevées que leurs pairs au développement typique, avec un rapport de cotes de 2,35.
Les difficultés dans les interactions sociales, les incompréhensions entre pairs et certaines caractéristiques de l’environnement scolaire figuraient parmi les facteurs étudiés. Ces résultats ne signifient pas que tous les enfants autistes seront victimes de harcèlement. Ils montrent néanmoins la nécessité d’une vigilance particulière et d’actions de prévention adaptées.
Source : Prevalence of and Factors Associated with School Bullying in Students with Autism Spectrum Disorder, 2020.
Et pour les enfants présentant un TDAH ?
Les recherches mettent également en évidence une exposition accrue.
Une étude longitudinale publiée en 2024 a notamment observé une association entre un diagnostic de TDAH dans l’enfance et un risque plus élevé de subir différentes formes de harcèlement à l’adolescence : verbal, physique, relationnel et numérique.
Une revue scientifique publiée en 2026 confirme que les enfants présentant un TDAH sont plus fréquemment impliqués dans des situations de harcèlement, particulièrement en tant que victimes.
Ces associations dépendent de nombreux facteurs : relations entre pairs, difficultés émotionnelles, troubles associés, climat scolaire et réactions de l’entourage.
Sources : Association of Childhood ADHD With Adolescent Traditional and Cyberbullying Victimization, 2024 ; Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder and Bullying in School Settings, 2026.
Pourquoi certaines différences deviennent-elles des cibles ?
Le harcèlement ne naît pas d’un diagnostic. Il s’inscrit dans une dynamique relationnelle où un enfant ou un groupe exerce des violences répétées sur un autre enfant, souvent dans un rapport de force défavorable.
Cependant, certaines particularités peuvent être perçues comme inhabituelles par les autres élèves :
- Un enfant autiste peut, par exemple, ne pas interpréter une intention ironique, communiquer de manière différente ou réagir fortement à une surcharge sensorielle.
- Un enfant présentant un TDAH peut interrompre involontairement une conversation, avoir du mal à attendre son tour ou réagir impulsivement lorsqu’il se sent frustré.
Ces comportements peuvent être interprétés à tort comme de l’impolitesse, de la provocation ou un manque d’intérêt pour les autres.
Lorsque ces interprétations deviennent des étiquettes, elles peuvent alimenter les moqueries, le rejet ou la mise à l’écart.
Le problème n’est pas que l’enfant fonctionne différemment. Le problème apparaît lorsque cette différence devient un prétexte pour le dévaloriser ou l’exclure.
Une différence incomprise peut devenir une différence stigmatisée
Les enfants construisent progressivement leur compréhension des autres. Ils observent les comportements, identifient les ressemblances et remarquent les différences.
Cette observation est naturelle. Lorsqu’une différence est systématiquement associée à un jugement négatif, elle peut devenir un motif d’exclusion. Ainsi, un enfant qui pleure facilement pourrait être qualifié de « bébé », celui qui bouge beaucoup comme « pénible » et celui qui préfère rester à l’écart pourrait être considéré comme « bizarre ».
Ces mots, parfois prononcés sans mesurer leurs conséquences, peuvent modifier la manière dont le groupe perçoit l’enfant. Lorsque ceux-ci se répètent, ils risquent de contribuer à une dynamique de harcèlement.
Cela ne signifie pas que chaque moquerie constitue du harcèlement. Mais plutôt qu’aucun comportement blessant ne devrait être banalisé sous prétexte qu’il paraît insignifiant.
Prévenir le harcèlement, c’est aussi intervenir avant que les petites moqueries répétées ne deviennent une habitude collective.
Se connaître et se comprendre : une première ressource pour l’enfant
Pour un enfant présentant un TSA ou un TDAH, certaines difficultés peuvent être difficiles à identifier et encore plus difficiles à expliquer.
Pourquoi certains bruits deviennent-ils insupportables ? Pourquoi est-il parfois si compliqué de commencer une activité ? Pourquoi une situation peut-elle sembler facile un jour et impossible le lendemain ?
Apprendre à reconnaître ses particularités, ses émotions, ses besoins et ses ressources peut contribuer à une meilleure compréhension de soi. Cette connaissance permet progressivement de mettre des mots sur certaines expériences. Elle peut aussi aider l’enfant à distinguer ses difficultés de sa valeur personnelle.
Car un enfant qui rencontre des obstacles dans ses interactions ou ses apprentissages n’est ni moins capable, ni moins intéressant, ni moins digne de respect.
Comprendre son fonctionnement, c’est aussi découvrir que ses difficultés ne résument pas qui il est.
Apprendre à communiquer ses besoins, mais aussi ses forces
Lorsqu’on accompagne un enfant neuroatypique, on se concentre souvent sur ce qui lui pose problème. Pourtant, il est tout aussi important de lui permettre d’exprimer ce qu’il aime, ce qui le passionne, ce qu’il réussit et ce dont il est fier. Cette approche contribue à construire une représentation plus complète de lui-même.
Pouvoir dire « J’ai besoin de calme quand il y a trop de bruit » ou « J’ai parfois besoin de plus de temps pour répondre » peut faciliter certaines interactions. Pouvoir dire « J’adore les animaux », « Je suis très créatif » ou « Je connais énormément de choses sur les planètes » permet également de créer des liens autour d’intérêts communs.
L’objectif n’est donc pas seulement d’apprendre à expliquer ses difficultés. Il est de permettre à l’enfant de se présenter dans toute sa singularité, avec ses besoins, ses préférences et ses compétences.
Cette communication peut favoriser la compréhension mutuelle, à condition que l’environnement soit disposé à écouter et à respecter ce qui est exprimé.

Le rôle essentiel des adultes dans la prévention
Un enfant ne devrait jamais avoir à porter seul la responsabilité de son inclusion.
Même lorsqu’il comprend parfaitement son fonctionnement et sait expliquer ses besoins, cela ne garantit pas qu’il sera respecté par les autres.
La prévention du harcèlement relève avant tout de la responsabilité des adultes et de la communauté éducative.
Elle implique de prendre au sérieux les signalements, d’observer les dynamiques de groupe, d’intervenir face aux comportements blessants et de construire un climat scolaire où les différences ne justifient jamais l’exclusion.
Cela suppose également de mieux comprendre les particularités des enfants présentant des TND. En effet, un adulte qui connaît les difficultés de régulation d’un enfant, ses sensibilités ou ses besoins de communication pourra plus facilement adapter ses réponses et éviter certaines interprétations injustes.
Il pourra aussi aider les autres élèves à comprendre la diversité des fonctionnements, sans exposer publiquement le diagnostic ou les informations personnelles d’un enfant.
C’est à l’environnement de devenir suffisamment accueillant pour que chacun puisse y trouver sa place.

Des outils pour mieux se comprendre et mieux accompagner
C’est dans cette démarche que s’inscrivent nos kits TSA et TDAH destinés aux enfants.
Nous les avons imaginés comme des supports pour aider l’enfant à explorer son propre fonctionnement, à identifier ses besoins et à reconnaître les ressources qui peuvent lui être utiles.
Ils permettent également de mettre en lumière ses forces, ses centres d’intérêt et ce qui fait sa singularité.
À travers des supports visuels et personnalisables, l’enfant peut progressivement apprendre à communiquer ce qu’il ressent, ce qui lui demande davantage d’efforts et ce qui pourrait l’aider.
Pour les adultes, ces outils offrent des points d’appui concrets pour engager le dialogue, mieux comprendre certaines réactions et ajuster leur accompagnement. Ils ne constituent pas, à eux seuls, des dispositifs de prévention du harcèlement et ne remplacent jamais l’intervention des adultes lorsqu’une situation de violence apparaît.
Ils participent à une démarche plus large : mieux se connaître, mieux se comprendre et développer des relations fondées sur le respect des différences.
Comprendre les différences pour mieux protéger
En conclusion, les études scientifiques montrent que les enfants présentant certains troubles du neurodéveloppement, notamment le TSA et le TDAH, sont effectivement davantage exposés au harcèlement scolaire.
Ce constat appelle une vigilance renforcée, mais il ne doit pas conduire à considérer ces enfants comme naturellement vulnérables ou incapables de se défendre seuls.
Le risque de harcèlement dépend aussi des attitudes des pairs, des réponses des adultes et du climat de l’établissement.
Mieux connaître les TND permet de remettre en question certains préjugés. Ainsi, aider un enfant à comprendre son fonctionnement peut renforcer sa capacité à exprimer ses besoins. Tout comme accompagner les adultes dans cette compréhension peut favoriser des réponses plus justes.
Mais le message essentiel reste celui-ci : ce n’est pas à l’enfant de devenir moins différent pour être accepté. C’est à nous de construire des environnements dans lesquels ses différences ne deviennent jamais une raison d’exclure.
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