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Colère, peur, tristesse : et si elles étaient toutes utiles ?

Nous parlons souvent des émotions comme si certaines étaient désirables et d’autres beaucoup moins.

La joie est accueillie à bras ouverts quand la colère, elle, doit redescendre. La peur doit être dépassée et la tristesse doit être consolée.

Et si nous changions légèrement de perspective ? Une émotion désagréable n’est pas forcément une émotion inutile.

La peur essaie de nous protéger

La peur met notre organisme en état d’alerte lorsqu’une menace est perçue. Notre attention se dirige vers ce qui pourrait représenter un danger et notre corps se prépare à réagir.

Évidemment, notre système d’alarme n’est pas infaillible. Il peut parfois s’activer face à une situation qui ne représente pas de danger réel ou réagir avec une intensité qui nous semble disproportionnée.

Mais sa fonction première reste essentielle : nous protéger.

C’est pourquoi répondre à un enfant « Il n’y a aucune raison d’avoir peur » ne suffit pas toujours. Son système, lui, a déjà identifié quelque chose comme potentiellement menaçant.

Nous pouvons plutôt l’aider à découvrir progressivement ce que Petit Frisson essaie de lui signaler : « Qu’est-ce qui te fait peur ? », « De quoi aurais-tu besoin pour te sentir davantage en sécurité ? »

La colère nous parle souvent d’une limite

La colère, elle aussi, contient des informations.

Elle peut apparaître lorsque nous rencontrons un obstacle, lorsque quelque chose nous semble injuste, lorsqu’une limite a été franchie ou lorsqu’un besoin important n’est pas entendu.

Cela ne signifie évidemment pas que tous les comportements provoqués par la colère sont acceptables.

Mais derrière Petit Orage, il peut être intéressant de chercher : « Qu’est-ce qui a provoqué cet orage ? »

L’objectif n’est pas seulement de faire disparaître la colère. C’est aussi d’aider progressivement l’enfant à comprendre ce qu’elle essaie de lui dire et à trouver une manière acceptable de l’exprimer.

Et la tristesse ?

Nous essayons souvent très vite de la réparer :

  • « Ne pleure pas. »
  • « Allez, ça va aller. »

Pourtant, la tristesse accompagne souvent une perte, une déception ou quelque chose qui comptait pour nous.

Un enfant triste parce que son meilleur ami déménage n’a pas nécessairement besoin qu’on lui démontre immédiatement qu’il pourra se faire d’autres amis.

Petite Brume peut simplement avoir besoin d’un peu de place.

La tristesse permet aussi de ralentir, de chercher du réconfort et de signaler aux autres que nous avons besoin de soutien.

Utile ne veut pas dire agréable

C’est peut-être la distinction la plus importante à transmettre aux enfants.

Une émotion peut être difficile à ressentir et avoir malgré tout une fonction.

Nous n’avons donc pas besoin de présenter certaines émotions comme des ennemies qu’il faudrait apprendre à contrôler suffisamment vite.

Nous pouvons plutôt aider l’enfant à devenir curieux de ce qui se passe en lui :

  • « Qu’est-ce que je ressens ? »
  • « Qu’est-ce que mon corps me montre ? »
  • « Qu’est-ce que cette émotion essaie peut-être de me dire ? »
  • « Et qu’est-ce que je peux faire avec elle ? »

C’est aussi le rôle que j’ai voulu donner aux créatures émotions : ne pas apprendre aux enfants à chasser Petit Orage, Petite Brume ou Petit Frisson, mais leur permettre de les reconnaître, de leur donner un langage et, progressivement, de comprendre ce dont ils ont besoin lorsqu’ils apparaissent.

Parce que l’objectif de l’éducation émotionnelle n’est peut-être pas d’avoir des enfants qui ressentent moins. C’est de les aider à mieux comprendre ce qu’ils ressentent et à savoir quoi en faire.


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Laurie

Enseignante & créatrice de SereNest

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