Mes élèves utilisent les créatures… sans que je le leur demande
Lorsque j’ai installé les créatures émotions dans ma classe, je pensais évidemment devoir guider mes élèves dans leur utilisation.
Leur montrer les cartes, les aider à choisir une émotion, leur proposer d’aller chercher une créature lorsque je remarquais qu’ils traversaient quelque chose…
Et puis, progressivement, ils ont commencé à y aller sans moi. Et ce, en moins de deux semaines!
Un enfant ressent quelque chose, se dirige vers la créature concernée, prend la carte qui se trouve dans sa poche et vient simplement me la présenter.
Je n’ai ni demandé : « Qu’est-ce que tu ressens ? » ni essayé de déduire son émotion à partir de son comportement.
C’est lui qui vient me donner l’information.
Une carte peut suffire à ouvrir la conversation
Lorsque cela arrive, j’essaie de ne pas remplir immédiatement le silence avec des questions.
Je peux simplement dire : « Tu es triste… ? » puis : « Tu veux m’en parler ? »
Et très souvent, l’enfant raconte.
Ce petit geste peut sembler anodin. Pourtant, pour venir me présenter cette carte, il a déjà réalisé plusieurs étapes : il a perçu quelque chose en lui, rapproché cette expérience d’une émotion, choisi une représentation correspondante et décidé de la communiquer.
L’outil n’est plus utilisé parce que l’adulte le demande. Il devient spontanément un moyen de communication.
Et c’était précisément ce que nous espérions lorsque nous avons imaginé les créatures émotions.
Puis un élève m’a apporté deux cartes
Un jour, un enfant est venu me voir avec deux émotions en même temps : la joie et la tristesse.
J’ai trouvé ce moment particulièrement précieux.
Parce que nous commençons souvent l’apprentissage des émotions avec des catégories très simples : aujourd’hui je suis joyeux, triste, en colère ou effrayé.
C’est nécessaire pour commencer. Mais notre expérience émotionnelle réelle est beaucoup plus nuancée.
Nous pouvons être heureux de commencer quelque chose et tristes que la précédente se termine. Nous pouvons être fiers et inquiets, soulagés et déçus. Nous pouvons aimer profondément quelqu’un et être très en colère contre lui.
Même pour les adultes, ces mélanges ne sont pas toujours faciles à comprendre.
Cet enfant venait pourtant de me transmettre quelque chose de très complexe avec deux cartes : « En ce moment, je ressens les deux. »
Donner une forme à quelque chose d’invisible
C’est toute l’idée derrière les créatures émotions.
Petit Orage, Petite Brume, Petit Frisson, Petite Étincelle et leurs compagnons rendent plus concret quelque chose qui, par définition, ne se voit pas.
Mais ils ne sont pas là pour dire à l’enfant ce qu’il ressent. La créature est seulement un support.
Progressivement, c’est lui qui apprend à observer son expérience intérieure et à choisir les mots ou les représentations qui lui correspondent.
Et surtout, une carte n’est pas forcément une demande pour que l’adulte fasse immédiatement disparaître l’émotion ; lorsque mon élève me présente Petite Brume, ma première mission n’est pas nécessairement de le rendre joyeux.
Je peux commencer par lui faire comprendre : « J’ai reçu ton message. » Puis lui laisser le choix : « Tu veux m’en parler ? »
Le véritable objectif n’est pas de reconnaître correctement cinq émotions
Nous pouvons faire beaucoup d’activités sur les émotions avec les enfants : reconnaître des visages, associer des couleurs, nommer la joie ou la colère.
Tout cela peut être utile, mais l’apprentissage prend une autre dimension lorsqu’il quitte l’activité pédagogique pour entrer dans la vraie vie.
Lorsque l’enfant pense spontanément : -> « Il se passe quelque chose en moi. » -> « Je crois que c’est ça. » -> « Je peux le communiquer. » -> « Quelqu’un peut m’écouter. »
C’est à ce moment-là que l’outil commence réellement à lui appartenir.
Et c’est probablement ce que je trouve le plus beau en observant mes élèves utiliser les créatures aujourd’hui. Elles ne parlent pas à leur place.
Elles leur donnent progressivement les moyens de trouver leur propre langage pour parler de ce qui se passe en eux.

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