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La colère est bruyante. Ce qu’elle cache l’est beaucoup moins.

La colère est bruyante. : elle pousse, elle crie, elle claque parfois les portes et peut faire sortir de tout petits corps des réactions étonnamment grandes.

Elle prend tellement de place qu’au moment où elle arrive, il devient difficile de regarder autre chose.

Nous voyons le cri, le « NON ! », l’objet jeté, le geste brusque, l’opposition.

Et pourtant, la colère est rarement toute l’histoire.

Derrière la colère, il y a parfois autre chose

La colère est une émotion particulièrement visible. Mais derrière elle peuvent se cacher de nombreuses expériences que l’enfant ne sait pas encore identifier, comprendre ou exprimer.

Derrière un « NON ! » hurlé, il peut parfois y avoir :

  • « Je suis frustré. »
  • « Je suis fatigué. »
  • « Je ne comprends pas ce que tu attends de moi. »
  • « J’avais imaginé les choses autrement. »
  • « J’ai besoin de reprendre un peu de contrôle. »
  • « C’est trop difficile. »
  • « J’ai eu peur. »
  • « J’ai honte. »

Ou simplement : « Je n’arrive pas à te dire ce dont j’ai besoin. »

Chez l’enfant, les capacités permettant d’identifier ce qui se passe à l’intérieur de lui, de mettre des mots dessus et de choisir une réponse adaptée sont encore en construction.

Alors parfois, le comportement parle avant les mots.

C’est ainsi qu’est né Petit Orage

C’est aussi pour cette raison que nous avons imaginé les créatures émotions.

Lorsque nous avons Petit Orage, la créature associée à la colère, l’idée n’était pas de représenter une émotion qu’il faudrait chasser ou faire disparaître. Petit Orage arrive lorsque quelque chose gronde à l’intérieur. Il permet de donner une forme à cette sensation, pour aider l’enfant à l’observer plutôt qu’à simplement la subir.

Parce que pour un jeune enfant, répondre à « Pourquoi es-tu en colère ? » peut être extrêmement difficile.

Il ne sait pas toujours pourquoi. Il sait seulement que son corps est tendu, que quelque chose monte, que tout devient irritant et qu’il a envie de crier, de repousser ou de faire cesser ce qui se passe.

Parler de Petit Orage permet alors de déplacer légèrement le regard :

  • « Est-ce que Petit Orage est arrivé ? »
  • « Qu’est-ce qui l’a réveillé ? »
  • « Est-ce qu’il est encore tout petit ou est-ce qu’il est devenu énorme ? »
  • « Qu’est-ce qui pourrait l’aider à redescendre un peu ? »

L’émotion devient progressivement quelque chose que l’enfant peut reconnaître, décrire et apprivoiser.

Et surtout, elle ne devient pas son identité.

Après la tempête, devenir enquêteur

Au cœur d’une grosse colère, ce n’est pas toujours le moment d’exiger une longue réflexion sur ce qui vient de se passer. Lorsque l’enfant est débordé, ses ressources sont déjà mobilisées pour retrouver progressivement son équilibre.

L’enquête peut venir plus tard.

Une fois Petit Orage redevenu un peu plus petit, nous pouvons essayer de comprendre ensemble : Qu’est-ce qui s’est passé juste avant ? Comment ton corps t’a-t-il montré que la colère arrivait ? Est-ce que quelque chose était trop difficile ? Avais-tu peur, faim ou besoin d’une pause ? Qu’aurais-tu voulu pouvoir dire ?

Ce travail répété permet progressivement à l’enfant de faire des liens entre une situation, ses sensations corporelles, son émotion et son besoin.

Et un jour, avant que Petit Orage ne prenne toute la place, il pourra peut-être commencer à dire :

  • « Je suis trop énervé. »
  • « J’ai besoin que tu m’aides. »
  • « Je veux une pause. »
  • « C’est trop pour moi. »

Ce sont de petites phrases, mais derrière elles se construit une compétence essentielle : apprendre à reconnaître ce qui se passe en soi suffisamment tôt pour pouvoir le communiquer.

Une émotion est aussi une information

L’objectif n’est donc pas d’apprendre à l’enfant que Petit Orage ne devrait jamais apparaître.

Nous avons tous besoin de notre colère. Elle peut nous signaler une frustration, une limite dépassée, une injustice, une peur, un besoin qui n’a pas été entendu ou simplement un système qui commence à arriver à saturation.

Petit à petit, l’enfant peut apprendre que lorsque sa créature apparaît, il n’a pas besoin d’en avoir honte.

Il peut apprendre à l’écouter, parce que la colère n’est pas seulement quelque chose qu’il faudrait faire disparaître au plus vite.

Elle est aussi une information : quelque chose, quelque part, mérite peut-être notre attention.


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Laurie

Enseignante & créatrice de SereNest

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