APPRENTISSAGEBIENVEILLANCE

« Concentre-toi! » Et si ce n’était pas si simple?

« Il est toujours dans la lune, il faut lui répéter dix fois. Il pourrait réussir s’il faisait un peu plus attention. »

Lorsque l’on pense au TDAH chez l’enfant, l’image qui vient encore souvent en premier est celle de l’enfant qui bouge beaucoup, se lève de sa chaise, parle sans attendre son tour ou semble constamment en mouvement.

Pourtant, chez certains enfants, les difficultés les plus visibles sont beaucoup plus discrètes. Ce sont les oublis répétés, la feuille commencée puis abandonnée, le matériel égaré, la consigne entendue mais dont une partie semble avoir disparu quelques secondes plus tard. C’est aussi cet enfant qui regarde par la fenêtre alors que les autres travaillent, qui met un temps considérable à commencer ou qui semble ne pas voir le temps passer.

Et face à lui, une phrase revient souvent : « Mais concentre-toi ! »

Comme si l’attention était un interrupteur qu’il suffisait de décider d’allumer.

Le TDAH n’est pas une absence d’attention

C’est probablement l’un des malentendus les plus fréquents autour du TDAH.

L’enfant n’est pas incapable d’être attentif. Il rencontre davantage de difficultés à réguler et diriger son attention en fonction de ce que la situation exige.

C’est ce qui peut donner lieu à des situations apparemment contradictoires.

Un enfant peut avoir beaucoup de mal à rester concentré dix minutes sur un exercice de grammaire et passer un temps considérable absorbé par une construction, un dessin, un jeu ou un sujet qui le passionne.

Pour l’adulte, la conclusion semble logique : « Il peut se concentrer quand il veut. »

Ou encore : « Quand ça l’intéresse, bizarrement, il n’a plus de problème d’attention. »

Mais cette variation fait justement partie de ce qu’il est important de comprendre.

L’attention n’est pas mobilisée de la même manière selon l’intérêt, la nouveauté, le niveau de stimulation, la difficulté de la tâche, la récompense attendue ou encore la fatigue.

L’enfant ne choisit donc pas nécessairement consciemment d’être attentif à son jeu et inattentif à son exercice. Son cerveau parvient simplement beaucoup plus facilement à mobiliser ses ressources dans certaines conditions que dans d’autres.

Parfois, il sait parfaitement ce qu’il doit faire… mais ne commence pas

Il est assis devant sa feuille, il a son crayon, il a compris l’exercice. Vous lui demandez de commencer. Cinq minutes plus tard, la feuille est toujours vide.

Cette situation est particulièrement déroutante pour les adultes parce que rien ne semble empêcher l’enfant de travailler.

Alors nous répétons : « Allez, commence. »

Pourtant, savoir ce que l’on doit faire et réussir à initier l’action sont deux choses différentes.

Les fonctions exécutives nous permettent notamment de planifier, commencer une tâche, garder un objectif en tête, organiser les différentes étapes, résister aux distractions et revenir à ce que nous faisions après une interruption. Ces fonctions peuvent être particulièrement mises à l’épreuve dans le TDAH.

Ainsi, l’enfant peut vouloir faire son exercice, savoir comment le faire et malgré tout rencontrer une véritable difficulté au moment de démarrer.

C’est pourquoi « fais un effort » ou « commence » n’apporte pas toujours l’aide dont il a besoin. Parfois, il faut rendre le premier pas beaucoup plus concret :

  • « On fait juste la première question. »
  • « Lis-moi la première consigne. »
  • « Qu’est-ce que tu dois faire en premier ? »

Une fois le mouvement lancé, la suite peut devenir plus accessible.

« Je viens pourtant de te le dire »

Autre scène fréquente : vous donnez trois consignes. « Va chercher ton cahier, range ta trousse et prends ton manteau. »

L’enfant part, il prend son cahier. Puis quelque chose attire son attention et, quelques instants plus tard, il ne sait plus ce qu’il était censé faire.

Il avait pourtant entendu, il avait peut-être même répondu « oui ».

Ce n’est pas un manque d’écoute ou de bonne volonté ; la mémoire de travail, qui permet de maintenir temporairement des informations en tête pendant que nous agissons, peut également être fragilisée chez certains enfants avec un TDAH.

Une consigne longue, plusieurs étapes à retenir, une distraction au milieu… et une partie de l’information peut se perdre.

Répéter plus fort ne rendra pas la consigne plus facile à retenir. En revanche, donner une étape à la fois, utiliser un support visuel ou demander à l’enfant de reformuler ce qu’il doit faire peut considérablement alléger la charge.

Le temps lui-même peut devenir difficile à gérer

« Tu as encore vingt minutes. »

Pour un adulte, cette phrase donne une information assez claire, pour certains enfants, vingt minutes restent une notion très abstraite.

Ils peuvent avoir du mal à estimer combien de temps une tâche prendra, à sentir le temps qui passe ou à anticiper qu’il faudra bientôt arrêter une activité pour en commencer une autre.

Cela explique parfois ces enfants qui semblent ne rien faire pendant quinze minutes puis paniquent lorsqu’ils réalisent qu’il ne leur en reste que cinq.

Rendre le temps visible peut être beaucoup plus efficace : minuteur visuel, horloge, compte à rebours, étapes intermédiaires ou rappels avant une transition.

Nous externalisons ainsi une information que l’enfant a encore du mal à gérer seul.

Et les distractions ne viennent pas uniquement de l’extérieur

Lorsque nous imaginons un enfant distrait, nous pensons souvent au camarade qui parle, au bruit dans le couloir ou à la mouche qui traverse la classe.

Mais une distraction peut aussi venir de l’intérieur…

  • Une pensée,
  • Une idée,
  • Le souvenir de quelque chose qui s’est passé le matin,
  • Une question qui apparaît soudainement…

L’enfant était en train de lire une phrase et, quelques secondes plus tard, son esprit est déjà parti ailleurs.

Il ne s’est pas nécessairement rendu compte du moment précis où son attention a quitté la tâche.

C’est aussi pour cela que dire simplement « reste concentré » est compliqué : pour revenir volontairement à une tâche, encore faut-il remarquer que l’on vient de la quitter.

Attention à ce que l’enfant finit par comprendre de lui-même

À force d’entendre :

  • « Tu n’écoutes jamais. »
  • « Tu es encore ailleurs. »
  • « Tu oublies tout. »
  • « Tu pourrais tellement mieux faire. »
  • « Si seulement tu faisais un effort… »

l’enfant ne retient pas nécessairement une leçon sur les fonctions exécutives.

Il peut simplement finir par comprendre :

  • « Je suis paresseux. »
  • « Je ne fais jamais assez d’efforts. »
  • « Je suis mauvais à l’école. »

C’est là que notre regard d’adulte devient particulièrement important.

Expliquer une difficulté ne signifie pas supprimer toutes les exigences. Un enfant avec un TDAH doit lui aussi apprendre progressivement à s’organiser, à terminer une tâche, à prendre soin de son matériel et à développer des stratégies.

Mais nous pouvons lui demander ces apprentissages en lui donnant les outils nécessaires pour y parvenir.

Remplacer « concentre-toi » par quelque chose d’utilisable

Plutôt que demander encore davantage d’attention, nous pouvons agir sur les conditions qui permettent à cette attention de se mobiliser.

Une consigne peut être raccourcie ou donnée étape par étape. Une longue fiche peut être fractionnée. Les différentes étapes peuvent être affichées visuellement. Un minuteur peut rendre le temps concret. Certaines distractions peuvent être réduites. Une pause de mouvement peut être intégrée avant une tâche exigeante. L’adulte peut également accompagner les premières secondes du travail plutôt que d’attendre que l’enfant parvienne seul à se mettre en route.

Ce ne sont pas des moyens de « faire à sa place ». Au contraire, nous lui montrons progressivement comment faire avec son propre fonctionnement.

L’objectif n’est pas qu’un adulte reste éternellement à côté de lui pour lui rappeler chaque étape. Il est que les stratégies aujourd’hui apportées par l’extérieur puissent progressivement devenir les siennes.

Parce que cet enfant « distrait » n’a probablement pas besoin qu’on lui rappelle une centième fois qu’il devrait faire davantage attention.

Il a besoin de comprendre pourquoi son attention fonctionne ainsi, de découvrir les conditions dans lesquelles elle fonctionne mieux et de construire, progressivement, ses propres stratégies.

On ne lui apprend pas seulement à se concentrer. On lui apprend à travailler avec son attention telle qu’elle fonctionne.


En savoir plus sur Ecole Positive

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laurie

Enseignante & créatrice de SereNest

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.