Non, parler ne suffit pas toujours à apaiser
« Dis-moi ce qui ne va pas. » « Explique-moi pourquoi tu es énervé. » « Parle-moi. »
Nous savons aujourd’hui combien il est important d’écouter les émotions des enfants. C’est une évolution précieuse.
Mais il existe un autre piège : croire que tout peut nécessairement se réguler par la parole.
Parfois, un enfant sait parfaitement qu’il est en colère. Il sait même pourquoi. Et pourtant, son corps est toujours en tempête…
Une émotion n’est pas uniquement une pensée
Lorsque nous vivons une émotion intense, elle ne se déroule pas seulement dans notre tête.
Notre rythme cardiaque peut changer, notre respiration aussi. Nos muscles se tendent. Notre niveau d’activation augmente ou, au contraire, nous pouvons ressentir un besoin de retrait.
C’est pourquoi demander à un enfant déjà très débordé de nous expliquer précisément ce qu’il ressent peut parfois lui demander une compétence supplémentaire au moment où il dispose justement de moins de ressources. Il doit alors :
- trouver ses mots,
- organiser sa pensée,
- écouter nos questions,
- produire une réponse
…alors que son organisme est déjà mobilisé par ce qu’il traverse.
Parfois, parler aide. Et parfois, ce dont le corps a besoin en premier est autre chose.
Réguler peut aussi passer par le corps
Bouger, respirer, se balancer, s’envelopper dans quelque chose de confortable, réduire le bruit, s’éloigner quelques minutes, boire, presser quelque chose entre ses mains, retrouver un mouvement répétitif et sécurisant.
Les stratégies efficaces ne seront pas les mêmes pour tous les enfants. Certaines personnes auront besoin de mouvement, d’autres de calme ; certaines rechercheront certaines sensations quand d’autres auront justement besoin de diminuer les stimulations.
C’est pour cette raison que dans notre kit régulation, l’idée n’est pas de proposer une technique universelle pour « se calmer », mais plusieurs portes d’entrée permettant de découvrir progressivement ce qui aide réellement un enfant à retrouver son équilibre.
« Respire » n’est pas non plus une formule magique
Même une stratégie de régulation utile peut devenir inefficace lorsqu’elle est imposée.
Dire dix fois « Respire ! » à quelqu’un en pleine surcharge peut devenir une sollicitation supplémentaire.
L’objectif est plutôt de construire ces outils en dehors des moments de crise, lorsqu’il reste suffisamment de disponibilité pour les expérimenter.
L’enfant peut alors découvrir : « Quand mon corps commence à faire ça, cette stratégie m’aide. » Progressivement, il construit son propre répertoire.
Les mots peuvent revenir après
Une fois l’intensité redescendue, la parole retrouve toute sa place. Alors, ces questions peuvent être intéressantes pour comprendre :
- « Qu’est-ce qui s’est passé ? »
- « Tu avais remarqué quelque chose dans ton corps avant ? »
- « Qu’est-ce qui t’a aidé ? »
- « La prochaine fois, qu’est-ce qu’on pourrait essayer plus tôt ? »
Nous ne renonçons donc pas à parler des émotions, nous choisissons simplement le bon moment pour le faire.
Parce que parfois, avant de pouvoir raconter ce qui s’est passé, analyser son émotion ou chercher une solution, un enfant a besoin de retrouver suffisamment de sécurité et de disponibilité dans son corps.
Parler est un formidable outil de régulation. Mais ce n’est pas le seul langage que possède notre système nerveux.

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