APPRENTISSAGEBIEN-ÊTRE

L’échelle de bien-être sous toutes ses formes

Comment dire « ça va », « je commence à saturer » ou « j’ai besoin que l’on m’aide » lorsque les mots ne viennent pas, ou lorsqu’on ne sait soi-même plus très bien où l’on en est ?

C’est précisément de cette question qu’est née l’échelle de bien-être. Pensée à l’origine pour les personnes concernées par un trouble du neurodéveloppement (TND), elle poursuit un objectif simple : rendre son état intérieur plus lisible, pour soi d’abord, puis pour les autres. Elle ne cherche pas seulement à identifier une émotion. Elle aide à faire le lien entre ce que je ressens et ce dont j’ai besoin maintenant.

Du vert au rouge : rendre visible ce qui se passe à l’intérieur

L’échelle fonctionne comme un repère visuel progressif :

  • Dans le vert, je me sens en sécurité. Je suis disponible, relativement flexible et capable de m’adapter.
  • Puis vient le jaune : quelque chose commence à changer. La vigilance augmente, certains stimuli deviennent plus présents, l’énergie nécessaire pour s’adapter augmente elle aussi. C’est souvent à ce moment-là qu’une action préventive est la plus précieuse.
  • Dans l’orange, la surcharge s’installe davantage. Réfléchir, communiquer, s’adapter ou supporter de nouvelles sollicitations devient plus difficile. Le besoin de pause, de retrait, de prévisibilité ou de diminution des stimulations devient prioritaire.
  • Enfin, le rouge correspond au moment où les ressources disponibles ne suffisent plus : la personne peut avoir besoin de s’isoler, de ne plus parler, de réduire au maximum les sollicitations et, surtout, de retrouver de la sécurité.

Cette progression est particulièrement intéressante dans les TND, parce qu’elle permet de ne pas attendre la crise pour reconnaître le besoin. Les recommandations actuelles concernant l’autisme accordent d’ailleurs une place importante à l’autonomie, à la communication, à la prise en compte de la sensorialité et à l’adaptation de l’environnement aux besoins individuels. Elles soulignent également l’intérêt des supports visuels pour faciliter la compréhension et la communication.

Un outil pensé pour être utilisé par la personne, pas seulement autour d’elle

C’est un point essentiel dans la conception de l’échelle: il ne s’agit pas d’un outil destiné uniquement au parent, à l’enseignant ou au professionnel qui observerait la personne et déciderait : « Tu es dans l’orange. »

L’objectif est progressivement tout autre : « Je reconnais où j’en suis. Je peux l’indiquer. Je sais de quoi j’ai besoin. » Cette nuance change profondément la fonction de l’outil.

On ne cherche plus seulement à gérer un comportement visible. On donne à la personne un support pour développer son autonomie et son autodétermination : identifier son fonctionnement, communiquer ses besoins et, lorsque cela est possible, agir avant d’arriver au point de rupture.

Cette logique rejoint les recommandations récentes de la Haute Autorité de Santé, qui insistent notamment sur l’implication de l’enfant ou de l’adolescent autiste dans son propre parcours, l’adaptation à son mode de communication et l’aide à la prise de décision. Chez l’adulte également, les recommandations mettent l’accent sur l’autonomie et la participation de la personne dans son parcours de vie.

Une même logique, plusieurs échelles

Parce qu’un enfant autiste, un enfant avec TDAH, un adulte autiste ou une personne neurotypique ne rencontrent pas nécessairement les mêmes difficultés, l’échelle n’existe pas sous une seule forme.

Son principe reste identique, mais son contenu s’adapte.

  • Dans le kit TSA enfant, les formulations sont accessibles à l’enfant et permettent de repérer progressivement les signes de surcharge et les besoins associés.
  • Dans le kit TSA adulte, l’échelle tient compte d’expériences qui peuvent être moins visibles de l’extérieur : augmentation de la sensibilité sensorielle, hypervigilance, difficulté croissante à réfléchir ou à communiquer, besoin de retrait…
  • Dans le kit TDAH enfant, les repères et les réponses proposées sont adaptés aux particularités que l’enfant peut rencontrer dans la régulation de son attention, de son activation et de ses besoins.

Et parce que la régulation et la communication des besoins ne concernent pas uniquement les personnes avec un TND, l’échelle existe également en versions neurotypiques enfant et adulte, intégrées au kit de régulation émotionnelle.

Ainsi, le vocabulaire, les signes observables et les stratégies peuvent changer, mais le chemin reste le même: Je me repère → je comprends ce qui m’arrive → je communique → j’agis en fonction de mon besoin.

Communiquer sans devoir tout expliquer

Il existe aussi des moments où expliquer est justement devenu trop difficile.

Lorsque la surcharge augmente, demander à quelqu’un « Qu’est-ce qui ne va pas ? Explique-moi » peut ajouter une exigence supplémentaire à une situation déjà coûteuse.

L’échelle devient alors un support de communication. Montrer une couleur, désigner une zone ou utiliser la version que l’on garde près de soi peut parfois transmettre l’essentiel : je ne suis plus disponible comme tout à l’heure ; quelque chose doit changer.

Les supports visuels occupent justement une place importante parmi les outils pouvant faciliter la communication des personnes autistes, notamment lorsqu’ils sont adaptés au fonctionnement et aux capacités de la personne.

L’entourage peut alors apprendre lui aussi à modifier sa réponse : diminuer les sollicitations, proposer une pause, réduire certains stimuli, rendre l’environnement plus prévisible, laisser davantage de temps ou simplement respecter un besoin de retrait.

L’outil devient donc un langage partagé, sans retirer à la personne concernée la place centrale qui lui revient.

Intervenir avant la dernière goutte

C’est probablement l’un des messages les plus importants derrière cette échelle. La régulation ne commence pas dans le rouge. Elle commence lorsque nous apprenons à reconnaître les petits changements qui précèdent la saturation.

Avec le temps, l’objectif est donc moins de devenir meilleur pour gérer les crises que de devenir meilleur pour repérer, communiquer et respecter les besoins suffisamment tôt.

C’est pour cette raison que l’échelle de bien-être constitue le point de départ de plusieurs outils : kit TSA adulte, kit TSA enfant, kit TDAH enfant et kit de régulation émotionnelle dans ses versions adulte et enfant.

Parce qu’avant de choisir une stratégie de retour au calme, il faut pouvoir répondre à une première question : « Où est-ce que j’en suis, là, maintenant ? »

Et parfois, une couleur suffit pour commencer à répondre.


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Laurie

Enseignante & créatrice de SereNest

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