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Les mots que l’on donne aux émotions changent la vie des enfants

« Ça ne va pas. »

Pour un jeune enfant, cette phrase peut contenir énormément de choses : de la colère, de la peur, de la déception, de la honte, de la jalousie, de la frustration, de l’inquiétude, de la fatigue…

Il ressent quelque chose dans son corps, parfois très intensément, sans encore disposer des mots nécessaires pour comprendre exactement ce qui lui arrive.

Et lorsqu’on ne sait pas dire ce que l’on ressent, on le montre souvent autrement.

Les émotions apparaissent avant le vocabulaire pour les expliquer

Un enfant n’attend pas de connaître le mot « frustration » pour la ressentir.

Son corps, lui, réagit déjà : le cœur accélère, le ventre se serre, les muscles se tendent, les larmes arrivent ou l’envie de crier prend toute la place.

Progressivement, grâce aux interactions avec les adultes, l’enfant peut commencer à faire des liens :

« Cette sensation que je ressens a un nom. Ce qui se passe en moi ressemble à de la peur. » ou bien « Je ne suis peut-être pas seulement en colère. Je suis aussi déçu.e. »

Développer ce vocabulaire émotionnel participe à ce qu’on appelle parfois la littératie émotionnelle : la capacité à reconnaître, différencier, comprendre et communiquer progressivement ses états émotionnels.

Passer de « ça ne va pas » à « je suis déçu.e. »

Ce changement peut sembler minuscule. Pourtant, il transforme beaucoup de choses.

« Ça va pas » donne peu d’informations à l’enfant comme à l’adulte. « Je suis déçu.e parce que je pensais que nous irions au parc » permet déjà de comprendre ce qui s’est passé.

Plus tard viendront peut-être des nuances encore plus fines : inquiet.e, embarrassé.e, jaloux.se, soulagé.e, frustré.e, fier.e, partagé.e… Plus l’enfant dispose de mots, plus il peut commencer à différencier son expérience.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il saura toujours verbaliser au milieu d’une tempête émotionnelle. Connaître le mot “colère” ne fait pas disparaître la colère. Mais ces mots construisent progressivement un langage auquel il pourra accéder de plus en plus facilement.

Une émotion n’arrive pas toujours seule

Nous présentons souvent les émotions aux enfants comme des catégories bien séparées : joie, tristesse, colère, peur. C’est utile pour commencer.

Progressivement, nous pouvons leur apprendre quelque chose de beaucoup plus proche de la réalité : plusieurs émotions peuvent coexister.

On peut être heureux.se de commencer une nouvelle école et avoir peur, être fier.e d’avoir grandi et triste de quitter quelque chose, aimer quelqu’un et être très en colère contre lui.

C’est justement pour rendre ces émotions plus concrètes que nous avons imaginé les créatures émotions. Petit Orage, Petite Brume, Petit Frisson, Petite Étincelle et les autres créatures donnent une représentation à quelque chose d’invisible.

L’objectif n’est pas de mettre l’enfant dans une case mais plutôt de lui donner suffisamment de mots et de représentations pour qu’un jour, ce soit lui qui puisse nous dire : « Aujourd’hui, je crois qu’il y a un peu de Petit Orage… mais aussi Petite Brume. »

Les mots ne remplacent pas la régulation, mais ils ouvrent une porte

Mettre un mot sur une émotion n’est pas une solution magique. Un enfant qui sait qu’il est anxieux peut rester anxieux. Celui qui identifie sa colère peut encore avoir besoin d’aide pour la traverser.

Cependant, il possède désormais une information supplémentaire sur lui-même. Et surtout, il peut la partager.

Au lieu que l’adulte cherche uniquement à interpréter un comportement, une communication devient progressivement possible. C’est pourquoi apprendre les émotions ne devrait peut-être pas se limiter à demander : « Quelle émotion montre ce visage ? »

Nous pouvons aussi aider l’enfant à découvrir :

  • « Comment cette émotion se manifeste-t-elle chez toi ? »
  • « Qu’est-ce qui peut la provoquer ? »
  • « De quoi as-tu besoin lorsqu’elle arrive ? »

Parce que donner des mots aux émotions, ce n’est pas apprendre aux enfants à réciter leur nom. C’est leur donner progressivement un langage pour parler d’eux-mêmes.


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Laurie

Enseignante & créatrice de SereNest

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