BIEN-ÊTREBIENVEILLANCE

Ce n’est pas parce qu’un enfant peut qu’il le peut toujours

« Mais tu sais le faire ! »

C’est vrai, il l’a fait hier.

Il s’est habillé seul lundi. Il a terminé cet exercice la semaine dernière. Il est allé à cet anniversaire sans difficulté. Il a réussi à rester au restaurant deux heures le mois dernier.

Alors lorsqu’il dit aujourd’hui : « Je n’y arrive pas », nous pouvons facilement entendre : « Je ne veux pas. »

Pourtant, être capable de faire quelque chose ne signifie pas nécessairement pouvoir le faire dans toutes les circonstances, avec le même niveau d’autonomie et au même coût.

Nos capacités ne fonctionnent pas comme des interrupteurs

Nous avons tendance à imaginer une compétence comme quelque chose que l’on possède ou non.

Une fois acquise, elle devrait être disponible. Notre fonctionnement est pourtant beaucoup plus dynamique.

Essayez simplement d’effectuer une tâche complexe après une bonne nuit de sommeil, dans le calme, puis la même tâche après une journée épuisante avec du bruit autour de vous.

Vous possédez exactement les mêmes compétences. Votre capacité à les mobiliser n’est cependant plus identique.

Chez l’enfant aussi, les ressources disponibles varient avec la fatigue, le stress, la faim, la charge sensorielle, les émotions, l’environnement et tout ce qui a déjà été demandé au cours de la journée.

Savoir faire et réussir à mobiliser ce que l’on sait sont deux choses différentes

Pour réaliser une tâche, il ne suffit pas toujours de posséder la compétence.

Il faut parfois réussir à commencer, maintenir son attention, garder la consigne en mémoire, inhiber les distractions, organiser les différentes étapes et s’adapter lorsqu’un problème apparaît.

Autrement dit, une tâche apparemment simple peut solliciter plusieurs fonctions exécutives.

Chez les enfants autistes, les recherches montrent des différences exécutives fréquentes mais très hétérogènes d’un enfant à l’autre. Le traitement sensoriel peut également interagir avec certaines capacités attentionnelles et exécutives.

Cela nous aide à comprendre pourquoi une compétence peut sembler disponible dans une situation et beaucoup plus difficile d’accès dans une autre.

« Pourtant, hier, tu pouvais »

Justement. Hier nous donne une information importante : l’enfant possède probablement cette compétence.

Mais il ne nous dit pas automatiquement quelles ressources sont disponibles aujourd’hui.

Peut-être qu’hier l’adulte avait donné la première consigne. Peut-être que la pièce était calme, que l’enfant était reposé. Peut-être qu’il savait exactement ce qui allait se passer ensuite.

Aujourd’hui, plusieurs de ces éléments ont changé.

La bonne question devient alors : « Qu’est-ce qui rend cette compétence plus difficile à mobiliser aujourd’hui ? »

Aider ne signifie pas revenir en arrière

C’est parfois une inquiétude des adultes : « Si je l’aide alors qu’il sait le faire, il va devenir dépendant. »

Pourtant, ajuster temporairement notre soutien n’efface pas un apprentissage.

Nous pouvons donner le premier pas d’une consigne, réduire le nombre d’étapes, proposer un support visuel, permettre une pause ou simplement accompagner davantage un jour où les ressources sont faibles.

Puis diminuer à nouveau cette aide lorsqu’elle n’est plus nécessaire.

C’est aussi une idée importante derrière certains outils des kits TSA enfant : mieux identifier ce qui augmente la charge et disposer de stratégies différentes selon l’état du moment, plutôt que d’attendre exactement la même performance dans toutes les circonstances.

Remplacer « il peut » par une question plus complète

Oui, cet enfant peut peut-être faire cette chose. Mais dans quel environnement ? Avec quelle fatigue ? Avec quel niveau de bruit ? Après quelle journée ? Avec combien d’étapes à gérer simultanément ? Et avec quel soutien ?

Reconnaître cette variabilité ne signifie pas sous-estimer les capacités d’un enfant.

Au contraire, cela permet de distinguer ce qu’il sait faire des conditions dont il a parfois besoin pour réussir à mobiliser ce qu’il sait.

Parce qu’entre « il sait le faire » et « il peut le faire maintenant », il existe parfois une différence immense.

Une compétence acquise peut rester présente, même lorsque les ressources nécessaires pour l’utiliser ne le sont momentanément plus.


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Laurie

Enseignante & créatrice de SereNest

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