Comment présenter un espace émotions à ses élèves ?
Créer un espace émotions est une excellente initiative.
Mais un espace, aussi beau soit-il, ne suffit pas.
Les affiches peuvent être magnifiques, les outils soigneusement choisis, les coussins parfaitement installés… si les enfants ne comprennent pas à quoi sert cet espace, il risque de devenir un simple coin de la classe.
Ou pire, un endroit où l’on joue, où l’on bavarde… ou que personne n’ose utiliser.
La bonne nouvelle, c’est que cela s’apprend, comme la lecture, comme les mathématiques, comme les règles de vie.
L’utilisation d’un espace émotions mérite elle aussi d’être enseignée.
Avant tout, expliquer le pourquoi
Avant de présenter les outils, il est essentiel d’expliquer leur raison d’être.
Les enfants comprennent beaucoup mieux une règle lorsqu’ils en connaissent le sens.
Vous pouvez leur dire simplement :
« Dans notre classe, nous avons tous des émotions. Parfois nous sommes joyeux, parfois nous sommes tristes, en colère, inquiets ou frustrés. Toutes ces émotions sont normales. Elles nous donnent des informations importantes. Cet espace est là pour nous aider à mieux les comprendre et à retrouver notre calme lorsque nous en avons besoin. »
Cette introduction change complètement le regard porté sur l’espace. Il ne s’agit plus d’un endroit réservé aux enfants qui rencontrent des difficultés. Il devient un outil pour toute la classe.
Présenter chaque outil… un par un
L’envie est grande de tout montrer en une seule fois. Pourtant, les enfants retiennent beaucoup mieux lorsque les découvertes sont progressives.
Par exemple :
- lundi : la roue des émotions ;
- mardi : l’échelle de bien-être;
- jeudi : la roue de retour au calme ;
- vendredi : les cartes des besoins.
Chaque nouvel outil devient un petit rituel: on l’observe, on en parle, on le manipule, on l’essaye ensemble.
En quelques semaines, les enfants connaissent naturellement tous les supports.
Montrer plutôt qu’expliquer
Les enfants apprennent énormément par imitation. Une démonstration est alors souvent plus efficace qu’un long discours.
L’enseignant peut jouer une petite scène : « Aujourd’hui, je me sens un peu frustré parce que le vidéoprojecteur ne fonctionne pas. Je vais regarder la roue des émotions… Oui, je crois que c’est bien de la frustration. Maintenant, de quoi ai-je besoin ? Peut-être de respirer quelques instants avant de chercher une solution. »
Cette démonstration a plusieurs effets:
- Elle montre que les adultes ressentent eux aussi des émotions,
- Elle montre que les émotions sont légitimes,
- Et surtout, elle donne aux enfants un modèle concret de régulation émotionnelle.
S’entraîner lorsque tout va bien
C’est probablement le conseil le plus important : on ne découvre pas un extincteur le jour où un incendie se déclare.
Il en va de même pour les outils de régulation : les meilleurs moments pour les apprendre sont ceux où les enfants sont disponibles.
On peut par exemple proposer :
- une respiration collective après la récréation ;
- un temps pour choisir son émotion du jour ;
- un jeu consistant à retrouver le besoin caché derrière une émotion ;
- un petit défi où chacun choisit un outil du coin émotions et explique comment il pourrait l’utiliser.
Ces entraînements permettent aux enfants de créer des automatismes qu’ils retrouveront plus facilement lorsqu’ils seront réellement submergés.
Jouer pour apprendre
Les jeux de rôle sont particulièrement efficaces.
Par exemple :« Tu es déçu parce que ton dessin s’est déchiré. », « Tu es inquiet avant de réciter une poésie. », « Tu t’es disputé avec un camarade. »…
Les élèves imaginent ensuite comment utiliser l’espace émotions :
- Quel outil choisiraient-ils ?
- Pourquoi ?
- Existe-t-il plusieurs solutions ?
Il ne s’agit pas de trouver « la bonne réponse ». Il s’agit de découvrir qu’il existe plusieurs chemins pour retrouver son équilibre.
Construire les règles avec les élèves
Comme pour tous les espaces de la classe, quelques règles sont nécessaires. Elles gagnent à être construites ensemble.
Par exemple :
- Je respecte le calme des autres.
- Je prends soin du matériel.
- Je remets les outils à leur place.
- Je peux demander de l’aide si j’en ai besoin.
- Je retourne en classe lorsque je me sens prêt.
Lorsque les élèves participent à l’élaboration de ces règles, ils les comprennent davantage et les respectent plus facilement.
Peut-on y aller librement ?
C’est une question que beaucoup d’enseignants se posent : faut-il autoriser les enfants à utiliser librement l’espace émotions ? Ou faut-il demander l’autorisation ?
Il n’existe pas une seule bonne réponse. Tout dépend de l’âge des enfants, du fonctionnement de la classe et de leur niveau d’autonomie.
En début d’année, il est souvent utile d’accompagner davantage les élèves.
L’enseignant peut proposer l’utilisation de l’espace, guider le choix des outils et aider l’enfant à revenir en activité.
Au fil des semaines, certains élèves seront capables d’identifier eux-mêmes leur besoin, de prendre quelques minutes dans l’espace émotions puis de reprendre leur travail.
L’objectif est que cette autonomie se construise progressivement.
Le retour en classe est aussi important que le retour au calme
On parle souvent du moment où l’enfant entre dans l’espace émotions. On oublie parfois celui où il en sort. Revenir en activité n’est pas toujours facile.
Certains enfants ont encore besoin de quelques instants pour retrouver leur concentration. D’autres apprécieront une petite tâche simple avant de reprendre un exercice plus complexe.
Ce retour progressif fait pleinement partie de la régulation émotionnelle.
Il aide l’enfant à retrouver sa disponibilité pour apprendre sans avoir l’impression d’être brusquement replongé dans une situation difficile.
Un apprentissage qui évolue toute l’année
L’espace émotions ne s’installe pas uniquement au mois de septembre. Il vit avec la classe.
Au fil des semaines, les enfants enrichissent leur vocabulaire émotionnel, découvrent de nouveaux outils. Ils comprennent mieux leurs besoins. Ils développent progressivement leur autonomie. Et surtout, ils apprennent qu’il est normal de demander de l’aide lorsque l’on traverse une émotion difficile.
Car c’est sans doute là la plus belle réussite d’un espace émotions : faire comprendre aux enfants que les émotions ne sont pas des problèmes à cacher, mais des expériences humaines que l’on peut apprendre à accueillir et à traverser.
Pour aller plus loin
Un espace émotions est d’autant plus efficace qu’il est introduit progressivement et utilisé régulièrement dans la vie de la classe.
Les outils développés par SereNest, en collaboration avec École Positive, ont été pensés dans cette logique : être simples à présenter, faciles à utiliser et adaptés aussi bien aux enseignants qu’aux familles qui souhaitent accompagner les enfants dans la découverte de leurs émotions.

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