BIEN-ÊTREBIENVEILLANCE

La surcharge n’arrive pas sans prévenir : apprendre à reconnaître les premiers signes

« Je ne comprends pas… tout allait bien, et d’un coup, je me suis effondré. »

Pourtant, lorsque nous reprenons ensemble le fil de la journée, nous découvrons presque toujours la même chose : la surcharge n’est pas apparue soudainement. Elle s’est construite progressivement, souvent de manière silencieuse.

Le cerveau autistique traite une quantité importante d’informations en permanence. Les sons, les lumières, les conversations, les changements de programme, les interactions sociales, les prises de décision… tout cela sollicite le système nerveux. Tant que les ressources sont suffisantes, cet équilibre tient. Mais à mesure que la journée avance, les réserves diminuent.

Le problème est que beaucoup d’adultes autistes ont appris, parfois depuis l’enfance, à ignorer les premiers signaux de fatigue. Parce qu’il fallait continuer. Parce qu’il fallait « faire comme les autres ». Parce que les besoins sensoriels ou émotionnels ont souvent été minimisés. À force, il devient difficile de distinguer la fatigue ordinaire des premiers signes de surcharge.

Pourtant, le corps, lui, parle.

Avant le meltdown ou le shutdown, il existe souvent une phase intermédiaire. Les pensées deviennent moins fluides. Suivre une conversation demande davantage d’effort. Les petites décisions paraissent plus compliquées. Le besoin de contrôler son environnement augmente. Les tensions musculaires apparaissent, les épaules se crispent, la mâchoire se serre. Certains ressentent une irritabilité inhabituelle, d’autres au contraire un besoin de s’isoler.

Ces manifestations ne sont pas des faiblesses. Elles sont des signaux de protection. Le système nerveux indique qu’il approche de sa limite et qu’il a besoin d’être soutenu.

Malheureusement, c’est aussi le moment où beaucoup choisissent de « tenir encore un peu ». On repousse la pause. On termine cette tâche supplémentaire. On accepte une dernière réunion, une dernière course, une dernière interaction. Jusqu’à ce que le cerveau n’ait plus suffisamment de ressources pour maintenir son équilibre.

Reconnaître cette phase de surcharge imminente change profondément la manière de vivre son quotidien. L’objectif n’est pas d’éviter toute difficulté ni de supprimer toutes les stimulations. Il est d’intervenir suffisamment tôt pour éviter que le système nerveux ne bascule dans un état où récupérer devient beaucoup plus long et plus coûteux.

Cela peut passer par des gestes très simples : ralentir volontairement son rythme, respirer profondément, diminuer les stimulations sensorielles, ne faire qu’une seule tâche à la fois, ou encore prévenir son entourage que l’on a besoin d’une pause. Ces stratégies peuvent sembler anodines, mais elles sont souvent bien plus efficaces lorsqu’elles sont mises en place avant que la surcharge ne soit installée.

Apprendre à reconnaître ces premiers signes demande du temps. C’est un véritable travail d’observation de soi, qui s’appuie sur l’interoception : cette capacité à percevoir les sensations de son propre corps. Chez de nombreuses personnes autistes, cette perception peut être moins intuitive, ce qui rend d’autant plus précieux les outils visuels et les repères concrets.

C’est dans cette optique que j’ai conçu cette fiche « Protection », intégrée au Kit le TSA&moi pour adulte. Elle aide à identifier les manifestations précoces de la surcharge et propose des actions simples pour retrouver un sentiment de sécurité avant que l’épuisement ne prenne toute la place.

Parce que l’autorégulation ne commence pas au moment où l’on craque. Elle commence au moment où l’on apprend enfin à écouter les premiers murmures de son corps.


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Laurie

Enseignante & créatrice de SereNest

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